Pensionnat Jigoku V.2 : Chapitre 1

Et oui ! J'ai commencé la ré écriture de Pensionnat Jigoku, l'un des premières histoires que j'avais mis ici. Je vous laisse la première version au cas où il vous vienne l'envi de comparer ou de savoir la fin. Je ne me suis pas des masses améliorer pour les romans policiers mais j'ai deux ~ trois notions malgré tout donc je pense que cette V.02 sera bien plus intéressante à lire que la précédente, ce qui (dans le fond) n'est pas un exploit en soi. Sinon, pour changer de sujet, l'orage n'est calmé visiblement. Je pense que quelques news viendront aussi demain pour la bonne raison que je dois encore recopier mon cours d'économie ... activité que je vais finir par abandonner parce que c'est long !

Chapitre 1 : Déménagement précipité

Le paysage répétitif qui passait devant ma fenêtre me donnait mal au crane. Des arbres à perte de vue … De temps à autre, il arrivait que l’on voie une maison, qui ressemble alors plus à château ou à une ville digne de l’ère Edo. Je dis ça maintenant mais, il y a encore peu de temps, j’habitais moi aussi une de ses maison purement traditionnelle japonaise comme on en voyait dans les mangas, tellement grande qu’il m’arrivait de me perdre dedans en allant aux toilettes. Dans de telle condition, pas étonnant que je n’ai jamais réussi à arriver au bout de mes escapades et que mon père ait toujours réussi à me retrouvé avant que je puisse m’enfuir.
Au fait, je ne me suis même pas présenté ! Je m’appel Makoto, Mimomiya Makoto. Mais, dans le fond, qu’est-ce que cela peut apporter à notre histoire ? Elle restera toujours aussi pâle et insignifiante, ce n’est pas mon nom qui y changera quelque chose. J’aurais bien pu m’appeler Tarô ou Shinichi, cela aurait été exactement pareil. C’est, tout du moins, ce que je m’imaginais en embarquant dans ce train qui dirigeait vers Nagasaki à une vitesse ahurissante. Au fait, n’hésitez pas à me reprendre sur certains points. En temps normal, j’ai tendance à rester dans mon coin, en silence, rêvassant … alors, parler, raconter des histoires, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mon meilleur et unique ami du collège, Kokoro, me disait souvent que j’étais incapable de mettre de l’ordre dans mes idées et ce n’est probablement pas complètement faux. C’est sans doute parce que j’ai du mal à discuter avec les autres que j’ai décidé de commencer ce petit carnet dans lequel je relaterais ce qui m’arrive, ce qui m’est arrivé, ce qui m’arrivera. Ah oui ! Un dernier détail. Je m’ennuyais bien souvent chez moi alors j’ai dévoré plusieurs fois tous les livres pour adulte et il m’arrive parfois d’utiliser des mots peu usités. Je pris de m’en excuser si cela vient à se produire, je ferais un maximum d’effort pour rester compréhensible.

J’étais justement en train de lire un livre, lassé du paysage extérieur, lorsque le train s’arrêta brusquement et sans prévenir, me projetant ainsi contre mon voisin d’à côté plutôt que sur la tablette en face de moi, limitant ainsi les dégâts mais me forçant à m’excuser, ce qui causa, comme à l’accoutumé, un méli-mélo verbale. Quand je disais que je m’embrouillais souvent … En tout cas, mon charmant voisin ne s’en formalisa point et se contenta de me sourire en passant sa main dans ses cheveux, m’affirmant que ce n’était absolument rien. Sans trop comprendre pourquoi, je senti mes joues rougir, sans doute parce que j’étais content. C’était tellement rare que l’on ne s’énerve pas après moi à la suite d’une gaffe dans ma famille et pourtant, cet individu que je n’avais jamais rencontré avant était bien plus gentil que mes propres parents.
Mais l’heure n’était pas à ce genre de divagation et il y en avait encore pour plusieurs heures de route avant d’arriver. Rien que pour aller jusqu’à Fukuoka, il y en avait environ pour cinq heures de trajet et cela ne faisait qu’une heure que j’étais dans ce train. Dire que je m’imaginais déjà mourir d’ennui … Et, comme si ça ne suffisait pas, je ne m’arrêtais pas à Fukuoka ! Je faisais simplement une correspondance, aucune ligne directe entre Osaka et Nagasaki n’étant encore disponible. J’étais sûr que mon père avait fait exprès de choisir un truc aussi loin pour avoir la paix. C’est hanté par cette idée que je finis par m’endormir, avachis sur la tablette en face de moi.

Depuis quelques jours, dès que je ferme les yeux pour dormir, je revois mes jeunes années. C’était la même rengaine tous les ans et, peut-être que, dans le fond, ça m’avait un peu traumatisé cette histoire … Cette fois-ci, c’est de mon année en première année de primaire dont j’ai rêvé. Le genre de souvenir qu’on avait du mal à oublier, même si on s’en serait volontiers passé. Je m’en souviens comme si c’était hier …
Tous les enfants étaient avec leur maman, leur petite main dans celle de la femme à côté d’eux. « Va jouer avec les autres en attendant la cérémonie. » Moi, je n’avais personne pour me conseiller. Ma maman n’avait jamais le temps pour moi, même quand elle ne faisait rien. Alors j’étais tout seul, assis sur un banc, à attendre qu’il se passe quelque chose, peut-être espérant que quelqu’un vienne me proposer de jouer avec lui. Mais il n’y avait que les adultes qui me regardaient, bizarrement, soupçonneux. Et ils ont commencé à parler de moi, comme si je ne pouvais pas les entendre.

- Vous croyez qu’il habite à côté de l’école ?

- Je ne sais pas mais ce n’est pas normal de voir un enfant de cet âge aller seul à l’école.
- Ses parents sont probablement très occupé … Vous ne le reconnaissez pas ? C’est le fils de la famille Mimomiya.
- Mais sa mère devrait bien pouvoir se libérer un moment, malgré sa carrière. C’est tout de même son enfant.
- Vous n’êtes pas au courant Yoshifumi-san ? C’est le fils de la maîtresse de Mimomiya-san.
- Quoi ? Un fils adultérin ? Quelle honte !

C’est le moment que choisirent les adultes pour donner du coude en disant « chut, je crois qu’il peut nous entendre ». De toute façon, les femmes étaient des commères, ce n’était pas nouveau. Par contre, moi, je n’avais pas exactement tout compris à ce qu’elles avaient raconté. « Adultérin » ? Le soir, direction la bibliothèque pour regarder dans le dictionnaire la définition d’adultérin … « Fils né d’un adultère – illégitime ». Ce n’était pas tellement plus clair alors je dû aller voir la définition d’ « adultère » … « personne qui rompt volontairement la fidélité dans un couple en ayant des rapports sexuels avec une autre personne que son conjoint ». Donc, je n’étais pas le fils de ma mère ? Voilà qui expliquait deux ou trois trucs à propos de mes parents et surtout, pourquoi ma mère ne m’appréciait pas plus que ça, ce que je lui rendais bien en règle générale. Par contre, je ne m’expliquais absolument pas pourquoi ces gens que je n’avais jamais vus en savaient plus que moi sur ma propre situation.

Après une nouvelle pareille, difficile pour moi de me considérer comme un membre de la famille Mimomiya. Je me sentais comme un étranger installé dans la maison d’inconnu contre leur volonté. Ou comme si j’étais en trop. Après tout, les moments que nous passions ensemble, mes parents n’avaient jamais semblé les apprécier. Que ma « mère » me déteste, je pouvais le comprendre mais mon père … Même si j’étais le fruit de sa relation avec une autre femme que celle qu’il avait épousé, j’étais malgré tout son fils. Mais il ne m’avait jamais vu ainsi. Il n’avait vu en moi qu’un héritier pour sa stupide entreprise. Alors que moi, je la détestais et j’aurais voulu la détruire. C’était à cause d’elle que rien n’allait dans ma vie, j’en étais persuadé ! Sans elle, j’aurais pu aller vivre avec celle qui m’avait donné la vie plutôt que de suivre un homme qui ne m’aimait pas.
Et j’ai cherché à la lui faire comprendre. Pas une seule semaine ne passait sans que je tente de quitter cette prison dorée. Et mon père, qui semblait pourtant assez bien le prendre, fini par s’énerver un jour, il y a quelques semaines, et m’a crié que s’en était trop. Mon départ pour le pensionnat Jigoku fut prévu dès le lendemain. Son objectif ? M’apprendre à me conduire en société et à tenir ma position sans me faire prier. C’est de cette façon que je me suis retrouvé dans un train pour Nagasaki, secoué dans les virages et la tête sur une tablette dure comme la pierre que je semblais prendre pour un oreiller.
Mais il ne semblait pas y avoir que les virages qui me secouaient et au bout d’un moment, je sentis une main me tenir. Sur le moment, je fus persuadé que mon départ était un cauchemar et que la personne à côté de moi était tout simplement mon père qui venait me réveiller, comme tous les matins. Mais je dû me rendre à l’évidence que tout cela était bien réel et que celui qui était à mes côtés n’étaient autre que le garçon que j’avais bousculé précédemment. Cette fois-ci, je pris le temps de le détailler un minimum. Beaucoup plus grand que moi, au moins dix centimètres, il avait des cheveux noirs et de magnifiques yeux bleus qui contrastaient avec son physique du japonais traditionnel. Un parent étranger ?

- Est-ce que ça va ? Tu faisais une tête bizarre dans ton sommeil, je me suis dit que tu avais peut-être besoin … d’aide ?
- Ah … Pardon, désolé, excusez-moi. Trop occupé à sortir toutes les excuses de mon répertoire, je réalisais à peine que j’avais l’air particulièrement ridicule et j’eu donc du mal à reprendre. Je n’ai pas dit quelque chose de bizarre au moins ?
- Pas que je sache, répondis l’inconnu en se frottant la tête. Mais, comme je l’ai dit, tu avais l’air assez mal. Je n’ai pas fais une bêtise j’espère ?
- Non ! Non, au contraire. Merci.
- … Et … Tu descends à Fukuoka non ? Demanda-t-il soudainement après un moment de silence. On devrait y être dans une demi-heure, sauf problème. Mais il n’y en a jamais.
- Ah oui … Je vais à Nagasaki après …
- Comme moi, m’annonça-t-il avec un immense sourire. Laisse-moi te servir de guide, je suis Tekemoto Akira.
- … Mimomiya … Makoto, me présentais-je finalement après un moment de doute. Je trouvais presque ça stupide de me présenter à quelqu’un que je ne reverrais sans doute plus après ce voyage.
- Et bien Mimomiya Makoto-kun, déclara-t-il d’un ton presque solennel, si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à me demander. Je suis responsable de toi à partir de notre arrivé au pensionnat Jigoku. Ravi de faire ta connaissance.

Pardon ? J’avais bien entendu ? Il aurait peut-être pu me prévenir dès le début au lieu de me laisser l’apprendre d’un coup. Surtout qu’il laissait ça dans la conversation comme s’il parlait du temps qu’il faisait sans prendre en compte le fait qu’il m’annonçait un détail qui changeait grandement les choses puisqu’il signifiait, dans ce cas, qu’il n’était pas juste un inconnu mais la personne qui allait s’occuper de moi dans ma nouvelle école. Mais qui était ce garçon à la fin et comment savait-il où je me rendais ?!

- Excuse-moi, j’ai peut-être été trop direct, reprit-il en voyant que j’étais bien pensif tout à coup. Je me présente à nouveau, Tekemoto Akira. Je suis le fils du directeur du collège-lycée Jigoku et, de cette façon, celui qui prend en charge les nouveaux élèves tel que toi qui arrive en cours d’année. Au pensionnat, nos chambres sont à côté l’une de l’autre alors il ne faudra pas hésiter à venir me poser des questions dès qu’il y a un détail qui te tracasse.

Ceci était dit, il commença à m’expliquer une montagne de choses que je ne pu prendre en note, étant encore choqué parce ce qu’il m’avait dit quelques secondes plus tôt. Le fils du directeur d’une école à Nagasaki était en ce moment dans un train en partance d’Osaka ? Il allait falloir m’expliquer où est-ce que ça plantait là. Il me suivait depuis chez moi ? Quand même pas !

Remarquant finalement ma tête déconfite, Tekemoto Akira dû comprendre ce qui m’occupait l’esprit à cet instant précis car il m’expliqua toute la situation. J’appris ainsi que ses parents étaient divorcés depuis un an et qu’il passait chaque vacance chez sa mère qui vivait à Osaka. Il avait reçu un mail de son père quelques jours avant l’invitant à écourter sa présence auprès d’elle pour accueillir un nouvel élève, moi, dont il lui avait transmis les informations via mail, photo compris. Ainsi donc, il n’avait absolument pas prévu, à l’origine, de se retrouver à côté de moi dans le train mais bon, tant qu’à faire … Visiblement, rien à faire avec une quelconque influence de mon père qui aurait donné un petit supplément « service spécial », cela me rassurait un peu d’être traité ‘normalement’ pour une fois.
En voyant mon air soulagé, Tekemoto passa sa main dans mes cheveux en souriant et me rassura pour de bon avec juste quelques phrases.

- Je ne suis pas le genre à jouer la comédie pour le fric ou les relations. La seule chose que je visais, c’était de pouvoir devenir ami avec l’adorable garçon que je devais accueillir, je l’avoue.

Mes joues virèrent au rose au mot « adorable ». Ce n’était pas le genre de mot qu’on lâchait à la légère après tout et il ne me connaissait pas depuis assez longtemps pour dire une chose pareille. Sans doute ne l’utilisait-il pas dans son sens littéral. Mais cela était affreusement gênant malgré tout, surtout pour moi qui avais toujours été habitué à mettre une certaine distance entre les gens et moi. Tekemoto, par contre, avait l’air de trouver ça parfaitement normal et était impassible. La preuve, il me tendit des gâteaux d’un paquet qu’il avait sorti de son sac pendant que j’étais en train de me triturer les méninges. Ce n’était pas mes gâteaux préférés mais, malgré tout, je décidai d’en prendre un, au moins pour lui faire plaisir. Pour le remercier de tout jusqu’à maintenant. Il en profita pour faire une remarque sur le fait que mes joues rouges me rendaient très mignon, ce qui n’arrangea guère leur couleur.
Le biscuit à moitié dans la bouche, je me dépêchai de cacher mon visage écarlate derrière le livre que j’avais entrepris de lire un peu plus tôt. C’était d’ailleurs là son seul intérêt à ce moment là, m’étant trop collé aux pages pour être capable de lire ce qui était écrit. Je n’en sortis la tête qu’en entendant un rire qui fut suivit de la voix de Tekemoto …

- Je ne voudrais pas t’interrompre mais le livre est à l’envers.

Voilà qui suffit à me rendre écarlate une bonne fois pour toute. En effet, le livre était difficile à lire dans ce sens, laissant ainsi mon interlocuteur comprendre sa véritable utilité. La prochaine fois que je me cacherais entre deux pages, je ferais plus attention. Tekemoto rigola un peu devant le ridicule de la situation, et je ne pouvais pas lui en vouloir pour ça, puis passa sa main dans mes cheveux. Brutal changement qui me laissa perplexe. J’avais quelque chose dans les cheveux ?

- Ta mère devait-être très belle, finit-il par lâcher au bout de quelques secondes qui me parurent bien plus longue qu’à l’accoutumé. J’ai rencontré ton père à une soirée de charité une fois et tu ne lui ressemble pas. Tu es tellement plus beau et mignon … Tes cheveux blonds doivent aussi te venir de ta mère.

Cela était fort probable. Je n’avais pas la moindre idée de qui était ma mère mais il était clair que mes cheveux et mes yeux ne me venaient pas de mon père, japonais tout ce qu’il y a de plus conforme à l’idée qu’on s’en fait. Cheveux bruns, yeux marrons, absolument pas comme moi en fait. Cela paraissait donc logique qu’il me vienne de la femme qui m’avait donné la vie, même si je n’y avais jamais pensé. Au moins, elle m’avait laissé quelque chose avant de disparaitre de ma vie, m’abandonnant à une famille stupide.
J’avais plus d’une fois essayé de retrouver sa trace lorsque j’étais plus jeune. J’avais questionné les gens qui travaillaient dans la maison, quelques collègues à mon père … Mon erreur avait été de demander à mon père s’il pouvait m’aider à la retrouver. Il avait très mal pris la chose et m’avait interdit de partir à sa recherche, s’énervant légèrement plus que d’habitude. Sans doute avait-il peur de perdre son héritier, et je pouvais le comprendre car ma principale idée lorsque j’avais commencé.
Ce garçon qui je connaissais depuis peu de temps, il faisait remonter à la surface des souvenirs que je croyais enfoui depuis longtemps au plus profond de ma mémoire. Comment faisait-il ? Il ne disait pourtant rien de particulier, il se contentait de discuter le plus normalement du monde, comme l’aurait sûrement fait n’importe qui d’autre si j’avais pris le temps d’engager la conversation avant aujourd’hui. Pourtant, je n’avais jamais pensé que parler librement avec quelqu’un pourrait avoir ce genre d’effet secondaire. C’était à la fois agréable et douloureux. Des sentiments étranges que je ne connaissais pas.

- Mimomiya, demanda-t-il soudain après un moment de silence, tu veux jouer à un jeu ? Je l’ai appelé « le jeu des questions-réponses ». C’est très simple. Chacun à notre tour, on pause une question à l’autre. On peut ne pas répondre mais il est interdit de mentir. C’est un bon moyen pour se connaitre.
- Il existe d’autres très bons moyens ! M’exclamais-je le plus discrètement possible.
- Ah oui ? Répondit-il avec un sourire légèrement moqueur. Et lesquels ? Tu refuses de discuter alors c’est la meilleure façon d’en apprendre plus sur ta petite
personne. Je consens même à te laisser commencer, vas-y, lance une question !
- Donc, vous passez vos vacances à Osaka … Vous aimez la ville ?
- Assez, même si je préfère quand même Nagasaki. Mais je suppose que nous ne connaissons pas le même Osaka. Si mes souvenirs sont bons, la maison Mimomiya est dans la banlieue de la ville, beaucoup plus traditionnelle, moins animé aussi. A mon tour de poser une question … Pourrais-tu m’expliquer un peu plus précisément ta situation familiale ?

Directement dans le vif du sujet, j’aurais dû me douter que ce jeu était un piège pour en savoir plus. Ma situation familiale … Elle était déjà compliquée pour moi alors pour quelqu’un d’extérieur, cela devait être complètement incompréhensible non ? Pas étonnant qu’il me pose la question et pas étonnant non plus que la moitié de la population de mon quartier passait son temps à me regarder comme une bizarrerie de la nature.

- C’est qu’il s’agit d’une histoire longue et compliquée …
- On a tout le temps qu’il nous faut, me rassura mon interlocuteur avec un sourire. Et ne te sens pas obligé de répondre.
- Et bien … c’était commencer qui était difficile. Une fois le déclic activé, je savais que le reste irait tout seul. La majorité de l’histoire est connue du grand public. Quelques mois après son mariage, mon père a trompé sa femme avec une domestique. Je suis né de cette union huit mois et demi plus tard. C’est la seule chose que je sache à propos de ma mère. Par la suite, elle a disparu dans la nature sans laisser la moindre trace, m’abandonnant seul avec un père qui ne cherchait en moins qu’un héritier qu’il ne parvenait pas à avoir avec sa femme.

Ce n’était un secret pour personne que, malgré leurs multiples tentatives, Mimomiya San (telle était la façon dont je devais l’appeler) n’arrivait pas à avoir d’enfants. Les médecins n’avaient pourtant détecté aucune anomalie mais, jusqu’à présent, elle n’avait toujours pas réussi à ‘fabriquer’ l’héritier parfait pour mon père alors je restais à cette place jusqu’à ce qu’un petit frère miracle n’arrive. En attendant, je devais rester avec une famille détestable, qui se préoccupait du quand-dira-t-on avant même sa propre santé ou sa préservation. Une famille remplis de gens pour qui la valeur la plus importante était l’argent. Et malgré tout ça, même en sachant quelle serait ma situation, elle était partie. Cette femme qui m’avait porté dans son ventre avait disparu avant même que je ne puisse me souvenir de son visage.
Je réalisais alors brusquement que j’avais tellement de choses à raconter. Ma colère contre ma mère, colère injustifiée et injuste puisqu’elle avait probablement était plus que poussé à quitter la maison, la ville et sans doute même le pays. Je lui racontai aussi ma haine contre l’ensemble de la famille Mimomiya, matérialiste, inhumaine, stupide. Tant qu’à faire, autant tout lâcher, de toute façon, j’en avais déjà trop dit alors autant continuer sur ma lancé au lieu de me carapater brusquement. Ça faisait beaucoup plus de bien que je l’aurais cru. Ce que j’éprouvais à l’égard des gens qui rependaient des rumeurs à mon sujet, mon aversion pour l’ensemble du peuple japonais qui se contentait de toujours courir sans regarder autour d’eux et sans s’occuper de ceux qui auraient voulu qu’une main se tende vers eux. Tout ce qui m’énervait dans ce monde, même ce qui n’avait absolument aucun rapport avec ma famille, je me lâchai complètement, jusqu’à être soulagé. J’étais juste un garçon comme les autres, pas un petit prodige qui gouvernera bientôt l’un des plus grands Keiretsu d’Osaka. Je n’avais aucune envi d’être différent des autres adolescents de mon âge, qu’importe ce que l’on attendait de moi.

Mon récit ne se termina pas avant notre arrivé en gars de Fukuoka. J’y mis le point final sur le quai, regardant le panneau annonçant l’arrivé prochaine du train pour Nagasaki sans réellement le voir. Je m’attendais désormais à ce que Tekemoto ne me voit plus comme le petit garçon qu’il s’était imaginé mais comme un gamin égoïste qui en demandait trop. Pourtant, il me serra dans ses bras comme si cela était parfaitement normal. En plein milieu de la gare de Fukuoka, devant tous les gens qui passaient ou attendaient. Pourtant, je n’ai absolument réagit. Je ne saurais dire la raison précise mais, bien qu’habituellement opposé à ce genre de contact, je me surpris à trouver l’étreinte de mon senpai agréable et je ne pu trouver le courage de me dégager. Au contraire, j’aurais aimé passé plus de temps ses bras.
Mais l’arrivé de notre train nous ramena tous les deux à la réalité. Tekemoto me lâcha brusquement pour prendre sa valise et murmura un petit « désolé » qui ne me semblait pas vraiment sincère avant de monter dans le wagon. Après un moment d’hébétement, je repris mes affaires et le rejoignît, ne pouvant malgré tout pas ignoré la brusque chaleur qui émanait de mes joues. Je n’avais compris ni la raison pour laquelle il m’avait pris dans ses bras, ni pourquoi il s’en était brusquement excusé. Assis à côté de lui, je ne trouvai malgré tout rien d’intéressant à dire et me contentai de regarder le paysage défiler, comme avant notre rencontre. Une grande partie du voyage se déroula dans un silence pesant avant que, finalement, Tekemoto se décide à reprendre la parole.

- On devrait arriver dans une petite demi-heure, toute fois, le voyage n’est pas pour autant terminé. On devra prendre le métro puis il y aura une dizaine de minute de marche. Si tu as le moindre souci, tu ne dois surtout pas hésiter à venir me voir, de toute façon, nos chambres sont à côtés et communique par le balcon.

Il marqua une pause, comme s’il cherchait d’autre chose à dire, visiblement aussi gêné que moi. Ou alors c’était un hasard si j’avais l’impression qu’il parlait beaucoup plus vite qu’avant brusquement, mais en tout cas, il en avait l’air.

- En effet, toutes les chambres ont un balcon, partagé avec la chambre d’à côté. Avant, c’était une seule et même chambre pour deux personnes, c’est pour ça. Les balcons sont pratiques lors des journées de printemps. Certains l’ont aménagé, carrément, en mettant des fleurs, des tables … Sur le notre, il y a une petite table dont je me sers pour prendre le thé.

Il embrailla ensuite en me parlant des clubs, disant qu’il y en avait pleins de différents, des clubs sportifs, littéraires, scolaires. Il me précisa même qu’ils étaient gratuits et facultatifs mais qu’il faisait bon genre d’être membre de l’un d’entre eux, surtout que l’internat possédait de véritables champions parmi ses élèves.
J’hochai la tête pour montrer que j’avais compris, voyant qu’il semblait toujours aussi gêné mais je me sentais, moi aussi, mal à l’aise. Je ne voulais pas perdre ce bon contact que j’avais eu avec lui jusqu’à Fukuoka alors ma petite tête chercha rapidement une solution pour éviter cela. Les joues rouges, je me décidai finalement à lui demander :

- … Est-ce que je pourrais simplement poser ma tête sur ton épaule pour me reposer un moment ? Il n’y a pas de tablette ici alors …

Il m’offrit un sourire pour toute réponse et cela me suffis amplement. J’avais compris que tout allait de nouveau bien, même si je ne savais pas encore si je pouvais parler comme ça. Après tout, je ne connaissais Tekemoto que depuis quelques heures, difficile normalement de savoir si je pouvais me fier à une impression ou si je me montais la tête. Mais lorsque je posai ma tête sur son épaule, il ne dit rien, acceptant simplement sa présence, le sourire aux lèvres. Sa présence me faisait du bien, tellement que je fini par relâcher ma garde, une fois de plus, et m’endormir dans cette position, pendant qu’il caressait mes cheveux. C’était tout bête mais c’était quelque chose que je ne voulais pas perdre. Une sorte de petit coin de paradis à moi au milieu de l’enfer de l’adolescence.

- Makoto ! Dépêche-toi ou on va être en retard en cours !
- Je suis désolé Senpai, je n’ai pas entendu mon réveil !

Cela faisait une semaine que j’étais arrivé au pensionnat. Huit jours pour être exacte, un peu plus d’une semaine. Pourtant, je m’étais déjà totalement fait à la vie à Nagasaki. Pour aller à l’école, chaque matin, les élèves pensionnaires devaient entièrement remonté la rue en pente. Au début, ce sport improvisé immédiatement après le petit déjeuner m’avait déstabilisé mais à présent, j’étais parfaitement habitué à la course effrénée que nous faisions chaque matin avec Tekemoto. Pourtant, n’étant membre d’aucun club et n’ayant, de ce fait, aucune réunion matinale comme c’était le cas pour le football, le tennis et d’autre club sportif, on aurait pu croire que nous profiterions du temps qui nous était accordé pour aller en cours tranquillement mais en fait, pas du tout. Chaque jour s’était le même cirque. Un toast dans la main et une brique de lait fraise dans l’autre, je remontais la rue sans avoir eu le temps de prendre mon petit déjeuner.
Je ne sais pour quelle raison, Tekemoto et moi avions rapidement été surnommés une grande partie de l’école « le mignon petit couple du pensionnat ». Pourtant, il n’y avait pas d’histoire d’amour entre nous, juste de l’amitié. Mais il était vrai que nous étions sans arrêt fourré ensemble et que, le soir, ne retrions ensemble. Peut-être que nos multiples arrivés exténués le matin, pile à l’heure, n’avait rien fait pour calmer les rumeurs mais, de toute façon, ce n’était pas méchant et personne ne nous embêtait vraiment avec ça, c’était, d’après mon senpai, un moyen de s’amuser. Pourtant, j’avais bien remarqué qu’à chaque fois, les joues de Tekemoto rougissaient un peu lorsqu’il entendait cela mais je n’y avais guère prêté attention plus de quelques secondes, ignorant que cela pouvait avoir une quelconque signification.
En tout cas, la vie au pensionnat était « cool » et j’avais réussi à me faire en huit jours bien plus d’amis que j’aurais pu espérer en avoir à Osaka. Et c’était sans compter le fait que je me sentais bien avec eux.

-Tekemoto ! Mimomiya-kun ! C’est fini de lambiner un peu ? On presse le pas, allé ! Nous exhorta Yoshiki, un camarade de Tekemoto mais un garçon de ma classe.
- Désolé pour ça, s’excusa mon camarade en arrivant enfin à la hauteur du portail de l’école, où Yoshiki nous attendait. Makoto ne s’est pas réveillé, une fois de plus, après s’être endormis dans mon lit. Je ne sais pas quel genre de pouvoir il a sur lui …
- Senpai ! Le coupais-je, les joues rougies par la honte. Tu avais promis d’arrêter de raconter ce genre de choses à tout le monde !

Presque tous les deux jours, j’allais jouer aux cartes dans la chambre de Tekemoto et, n’étant pas très doué, j’étais généralement le premier éliminé et passait le temps à lire sous le kotatsu ou sous les draps de mon senpai avant de, systématiquement, m’endormir. Je n’y pouvais pourtant rien si je me sentais tranquille dans ses moments là !

- Et après, vous ne comprenez pas pourquoi il court des rumeurs sur votre couple, plaisanta Yoshiki en avançant vers l’imposant bâtiment qui abritait les salles de classes.
- Yoshiki, je t’ai déjà dit d’arrêter avec ça, le réprimanda gentiment son ami. Quand à toi Makoto, si tu veux éviter que je ne t’embête avec ça, essaye de ne pas t’endormir si vite, et dans mon lit de surcroit. Si surtout, ne fait pas cette adorable moue qui donnerait envi à un prêtre de t’embêter.
- Mais ce n’est pas ma faute si …

Je m’interrompis en plein milieu de ma phrase, intrigué par l’attroupement qui s’était formé devant l’école avant notre arrivé. Une grande partie des élèves étaient en cercle autour de quelque chose que je ne pouvais voir et ceux qui étaient déjà en classe, s’ils n’étaient pas redescendus, se penchait par la fenêtre pour observer. Dans ma stupeur devant une telle scène, il régnait dans cet étrange groupement une sorte d’ordre et de désordre contradictoire mais qui coexistait malgré tout à cet instant précis.
Ce rassemblement, même si je ne le savais pas encore, marquait la fin de notre vie bêtement joyeuse et monotone. Sans doute aurais-je aimé voir dans l’avenir pour prédire comment cette journée allait complètement changé toute mon existence au pensionnat.

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