Réminiscence sous la neige

Parfois, il y a des choses qu’on voudrait écrire sans trouver le temps. Cette histoire en fait partie, je voulais l’écrire depuis un moment. Elle n’est pas forcément adaptée à Noël, on ne voit pas bien le lien avec la fête, mais j’espère que ça vous suffira. Je n’ai pas l’habitude des points de vue féminins, c’est ce qui me trouve chaque fois que je dois écrire un yuri. C’est vraiment un stress à chaque fois, mais j’aime bien le yuri alors je veux pouvoir vous en offrir. Je ferais de mon mieux pour m’améliorer sur ce point !
J'espère que l'italique ne dérange pas la lecture. Parfois, certaines personnes ont du mal avec l'italique donc je l'évite au maximum mais là, il me fallait un détail pour indiquer les flash-back et je n'ai vu que celui-ci. Désolé, si cela dérange trop de monde, je le retirerais.

Réminiscence sous la neige

Quand elle était plus jeune, Mariko Tsukishima avait une fois rêvée de passer le soir de Noël coincé dans la voiture de sa mère durant le trajet les conduisant toutes les deux chez son père. Dès que sa mère lui demandait de se préparer, elle scruter le ciel, cherchant à voir des nuages annonciateurs de neige. Cela n’arrivait peut-être que dans les films, mais elle avait toujours eu l’espoir qu’une tempête bloquerait les routes et l’obligerait à passer les fêtes dans le minuscule appartement qu’elle partageait avec sa mère.
Ça n’était pas qu’elle n’aimait pas son père, au contraire elle adorait passer du temps avec lui durant les vacances d’été. Elle appréciait également énormément la campagne où il habitait. Elle avait le droit de courir dans les champs comme elle voulait, de grimper aux arbres et tous les gens du village à côté de sa grande maison était adorable et se conduisait avec elle comme si elle était l’une d’entre eux.
Elle aimait également sa maman, qui s’occupait d’elle du mieux qu’elle pouvait même si son travail était parfois très prenant. Trop au gout de son père qui, lorsqu’il vivait encore avec elles, ne cessaient de critiquer ce fait. Pour lui, les femmes étaient mieux à la maison, à préparer le repas pour les enfants, comme à l’époque de ses parents. Pas que les choses aient énormément changé depuis cette époque, beaucoup restant, comme lui, de la vieille école. Mais sa mère avait toujours tenu bon, refusant de n’être qu’une femme au foyer supplémentaire et Mariko l’avait toujours admiré pour ça. Alors peu importe qu’elle ne soit pas toujours là le soir pour l’aider à faire ses devoirs.
Non, la seule chose qu’elle n’aimait pas dans sa famille, c’était ses parents ensemble. Bien qu’ils ne soient, officiellement, pas séparés, cela faisait tellement d’année qu’ils avaient cessé de vivre ensemble que Mariko n’avais plus réellement de souvenirs de son père dans leur appartement Tokyoïte. Et s’ils essayaient de faire semblant de s’entendre devant leur fille, cela faisait longtemps qu’elle avait compris qu’ils ne se supportaient plus. Et c’était chaque année difficile de les entendre se disputer lorsqu’ils pensaient qu’elle n’était pas capable de les entendre.
Alors chaque année, elle espérait que ce rendez-vous hivernal n’aurait pas lieu. Mais ça n’était jamais arrivé.

« Marikooooo ! On arrive quand ? » Geignit un petit garçon sur le siège passager.
Les yeux fixés sur la route où les voitures n’avançaient pas, la jeune femme soupira sans répondre. Ils avaient à peine fait dix kilomètres en une heure et les bouchons ne semblaient pas s’améliorer. Qui aurait cru que ses rêves se réaliseraient finalement, si longtemps après, alors qu’elle désirait au contraire arriver le plus rapidement possible ?

C’était l’année de ses douze ans que cette ‘punition’ annuelle s’était transformée en une véritable bénédiction. Une fois de plus, la neige avait refusée d’exaucer son souhait et elles étaient arrivées chez son père à une vitesse qui lui avait semblé beaucoup trop rapide. Elle avait néanmoins, comme à chaque fois, sautée dans les bras de son père qui lui manquait souvent, malgré l’amour de sa mère. Il l’avait serrée très fort, comme d’habitude, avant de lui proposer d’aller jouer dans le jardin. Ce fut très déçue qu’elle se détacha du cou de son père pour s’éloigner, sachant que ces paroles étaient le signal de départ d’une première dispute.
Elle allait s’installer près du petit point de terre que son père lui avait réserver pour qu’elle puisse faire son propre potager durant l’été et retourner la terre pour penser à autre chose qu’à ses parents mais en fut empêchée par les lumières qui semblaient briller, même si le soleil qui ne s’était pas encore couché totalement ne permettait pas de voir correctement, de l’autre côté de la hais qui séparait le jardin de son père de celui d’à côté.
Il n’y avait aucune raison qu’il y ait de la lumière, personne n’habitait dans cette vieille maison délabrée ! D’après les rumeurs que lui avaient racontées les villageois, il n’y aurait plus eu d’occupant depuis plus de dix ans. Elle avait d’ailleurs souvent servit de maison hanté à explorer pour les jeunes du coin, la serrure de la porte étant trop rouillée pour la maintenir fermée.
Une fois, une groupe de garçons avaient voulu l’investir pour en faire une base secrète, où il pourrait recevoir leurs ordres de missions pour sauver la terre – c’était ce qu’ils avaient raconté mais tout le monde savait bien qu’ils voulaient seulement un endroit pour lire les magazines érotiques qu’ils cachaient sous leur matelas – mais il n’avait pas fait long feu. Une demi-heure plus tard, il quittait la demeure la queue entre les jambes en criant qu’ils avaient vu un fantôme qui les avaient chassés à coup de balai et qui avait probablement des amis puisque l’un d’entre eux avait trébuché alors qu’il n’y avait rien par terre.
Ce jour-là, Mariko avait beaucoup rigolé sous drap blanc en les voyant se prendre les pieds dans un tapis un peu sombre avant de détaler comme des lapins en criant qu’ils avaient été attaqués. Pour des super-héros, ils n’étaient pas vraiment courageux, elle n’avait presque rien eu à faire pour les faire fuir.
Parce qu’ici, c’était sa cachette secrète ! Elle s’y sentait bien et elle pouvait oublier, un moment, les disputes entre ses parents. Elle avait presque l’impression d’être une adulte avec sa propre maison. Qui n’aurait, certes, ni l’électricité, ni l’eau courante, et c’est justement pour ça qu’elle ne parvenait pas à expliquer les lumières qu’elle voyait de plus en plus distinctement. Il fallait qu’elle en ait le cœur net et pour ça, rien de plus simple. Elle se glissa dans un trou bien caché sous une haie qui lui servait depuis plusieurs années de passage secret avec le jardin d’à côté.
Ce fut là sa première rencontre avec Ruika.

« Et si on jouait à un jeu Tôma ? » Proposa finalement Mariko après dix minutes d’un silence boudeur sur le siège arrière. « Je vais penser à quelque chose et toi, tu devras trouver de voir il s’agit en me posant des questions. Mais attention, je ne dois répondre que par oui ou non. Qu’en penses-tu ? »
Elle put voir dans le rétroviseur la moue septique du jeune garçon qui hochait les épaules. Au point où ils en étaient, tout pouvait les occuper après tout, surtout depuis que la batterie de sa console avait rendu l’âme. Mariko se rendait bien compte qu’il commençait à s’ennuyer profondément mais la neige continuait de tomber, rendant impraticable certaines routes et faisant s’agglutiner les voitures sur l’autoroute principale. Ils n’arriveraient probablement pas avant la tombée de la nuit.

Ruika était d’un an sa cadette et avait de longs cheveux bruns. Elle avait le teint pâle qui la faisait presque ressembler à une de ces poupées de collection que sa Grand-mère gardait dans une vitrine et qu’elle convoitait tant étant plus jeune. Dès leur première rencontre, Mariko se souvenait avoir pensé qu’elle était magnifique.
Puis, après qu’elles se soient regardées quelques secondes, l’inconnu avait disparu en courant à l’intérieur de la maison, pour revenir avec deux adultes qui lui parlait doucement. Ce fut d’ailleurs très probablement en voyant la femme sortir de la maison en pyjama que Mariko commença à comprendre la situation, tout en refusant de l’admettre. Ces gens n’avaient rien à faire dans sa cachette secrète ! Elle voulait qu’ils partent, ils n’avaient rien à faire là !
Pourtant, alors qu’elle s’attendait à un sermon, l’homme se baissa à sa hauteur et lui tendit la main et souriant pour l’aider à se relever. La femme, de son côté, caressait la tête de la petite poupée comme pour la rassurer. Sans doute était-elle partie pour expliquer à ses parents qu’une étrange créature était apparue devant elle. Pauvre petite.
Quoi qu’il en soit, aucun des deux ne semblaient fâché de la présence de l’intruse. Au contraire, ils semblaient trouver la situation parfaitement normale. C’était vraiment étrange.
« Tu dois être Mariko c’est ça ? » Lui demanda l’homme en tapotant ses genoux plein de terre. « Ton père nous a énormément parlé de toi. »
Lorsqu’on parle du loup, ce dernier arriva à son tour dans le jardin après avoir frappé trois petits coups sur une barrière à l’entrée qui n’était pas là avant.
« Bonjour, je viens chercher ma fille, je me doutais qu’elle serait venue ici, » expliqua-t-il en se courbant. « Je suis désolé qu’elle vous cause des problèmes à peine arrivée. »
« Ça n’est rien, au contraire, cela met un peu d’ambiance à la maison, » répliqua l’homme, guilleret. « Cela aura permis à nos filles de se rencontrer rapidement, je suis sûr qu’elles deviendront très vite amie ! »
Là, Mariko avait été obligé de se rendre à l’évidence. Sa base secrète était désormais habitée.

« J’ai envie d’aller aux toilettes … » Lâcha Tôma dix minutes après avoir abandonné le petit jeu que lui avait proposé Mariko, le trouvant totalement inintéressant.
La jeune femme tourna la tête vers lui avec un regard qu’elle voulait menaçant mais que reflétait surtout sa lassitude face au voyage dont elle ne voyait pas le bout.
« Tu ne peux pas te retenir ? Si on s’arrête à une station-service, il nous faudra au minimum une demi-heure pour repartir avec cette foule ! »
« Je peux pas juste pisser dehors ? » Demanda l’adolescent en se tortillant.
« C’est hors de question, je ne vais pas te laisser te soulager sur l’autoroute, au milieu des voitures, un accident est vite arrivé. Et ne parle pas aussi vulgairement ! »
Le gamin la traita bien sûr de vieille, disant que, de toute façon, elle parlait comme si elle faisait partie de la famille impériale et qu’elle avait un balai dans l’cul. Elle s’apprêtait à l’engueuler copieusement lorsqu’elle vit les voitures devant elle avancer. Tant pis, elle lui ferait la leçon un peu plus loin.

Le père de Ruika avait vu juste en disant que les deux filles seraient rapidement amies. Très vite, elles étaient devenues inséparables, Ruika suivant sa « Grande sœur », comme elle l’appelait, jusqu’à la porte des toilettes, devant laquelle elle s’asseyait toujours en attendant qu’elle revienne. Lorsque son ainé devait repartir à Tokyo, c’était toujours la même crise de larmes et Mariko se souvenait même d’une fois où elles avaient simulé un faux enlèvement pour ne pas être séparés à la fin des vacances. Inutile de dire que les adultes n’avaient pas marché trente secondes dans leur histoire, l’intervention d’une licorne ayant certainement dû leur mettre la puce à l’oreille.
Être aussi importante pour quelqu’un qu’elle voyait pourtant si peu dans l’année, c’était tout nouveau pour Mariko qui s’était rapidement attachée à sa nouvelle amie. Elles avaient assez tôt décidé de s’envoyer autant de courrier que possible durant les temps où elles ne pouvaient pas se voir pour ne pas être réellement séparées et ainsi être sûres de ne pas se retrouver, aux prochaines vacances, face à une parfaite inconnue.
Elles profitaient d’ailleurs de ces missives pour échanger sur la vie quotidienne, sur les cours qui, tantôt les barbaient, tantôt les passionnaient, sur gens de leur classe, qu’elles appréciaient, mais pas suffisamment pour devenu plus important qu’elles l’étaient l’une pour l’autre, de leurs parents, même si c’était plutôt Ruika, Mariko étant toujours réservée sur ce sujet depuis la séparation des siens.
Grâce à ces messages presque quotidiens, les deux filles avaient l’impression de tout savoir de l’autre et oubliaient qu’elles passaient une grande partie de l’année sans se voir. Parfois, cette mélancolie des vacances venaient ternir un peu les lettres toujours pétillantes de Ruika, qui promettait sans cesse que dès qu’elle aurait son diplôme, elle quitterait sa campagne pour venir vivre à Tokyo, près de sa Grande sœur.
Ça ne fut toutefois qu’après l’évocation par Ruika d’un nouvel élève dans la classe, dont toutes les filles étaient amoureuses, que Mariko réalisa les sentiments qu’elle éprouvait réellement envers sa cadette. La description que les camarades de la jeune fille faisait du sentiment amoureux, qu’elle avait bien sûr relaté à sa meilleure amie, ressemblait vraiment à ce qu’elle-même éprouvait lorsqu’elle récupérer son courrier dans la boite aux lettres. Le cœur qui battait plus vite, l’impression d’être sur un petit nuage … Pourtant, elle n’avait jamais eu l’impression d’être amoureuse de Ruika. Et en plus, Ruika était une fille.
Au début, elle avait été un peu septique, refusant cette idée. Elle avait donc été consultée une fille de sa classe, un peu étrange et perpétuellement plongé dans des romans romantiques, à qui peu de gens osaient parler pour lui expliquer son problème. L’otakette en devenir l’avait copieusement remise à sa place lorsqu’elle avait commencé à parler de ce qui la tourmenté avant de lui asséner que, peu importe le sexe, l’important était les sentiments que l’on éprouvait. « Fille ou garçon, ça n’a aucune importance, il n’y a que les imbéciles pour s’arrêter à ce détail ! »
C’était cette discussion qui lui avait permis d’admettre ses sentiments envers Ruika.

Profitant d’un feu rouge, Mariko regarda tendrement Tôma qui s’était endormi en serrant contre lui le gros ourse en peluche qu’elle lui avait offert pour ses quatre ans et qu’il n’avait jamais quitté depuis.
Elle avait finalement réussi à quitter l’autoroute pour passer par le chemin des écoliers. Les petites routes de campagne étaient bien plus enneigés mais avec les pneus tout terrain de la voiture que son père lui avait acheté pour célébrer son premier travail, elle n’avait pas vraiment de problème à passer. À ce rythme-là, elle devrait arriver dans un peu moins d’une heure, avant minuit donc. Elle avait téléphoné à ses parents dans les embouteillages pour les prévenir que le voyage durerait plus longtemps que prévu et ils avaient promis de ne pas commencer à réveillonner sans eux deux.

L’année de ces seize ans, Mariko avait eu la surprise de découvrir une toute nouvelle Ruika qu’elle ne connaissait absolument pas. L’espacement des lettres de sa meilleure amie depuis les vacances d’été aurait bien sûr dû lui mettre la puce à l’oreille mais elle avait bêtement pensé qu’elle s’investissait simplement trop dans ses études pour entrer dans un bon lycée et n’avait plus le temps de lui écrire.
Pourtant, lorsqu’elle avait couru sonner chez les voisins, étonnée et inquiète de ne pas voir son amie l’attendre près du grillage comme elle en avait l’habitude, elle n’avait pas compris la tête un peu gênée qu’ils avaient fait en la voyant.
« Mariko … » Avait commencé la mère de Ruika avant de regarder son mari.
« Je croyais que vous vous étiez disputés avec Ruika, » compléta-t-il en lui faisant malgré tout signe d’entrer. « Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle n’allait pas t’attendre, elle a dit qu’elle ne voulait plus te voir. Il s’est passé quelque chose ? »
La mère de Ruika avait proposé de faire du thé alors que la lycéenne secouait la tête, au fond d’elle complètement paniquée. Elle savait. Ruika était au courant de ses sentiments et elle trouvait ça dégoutant ! Cette otakette c’était trompée, il n’y avait rien de normal dans le fait d’aimer une autre fille et maintenant, elle avait tout découvert et elle la méprisait. C’était injuste, elle avait pourtant tout fait pour cacher ses véritables sentiments !
Elle n’avait pas pris le temps de se déchausser, elle s’était simplement enfuit pour s’enfermer dans sa chambre dans laquelle elle était restée tout le reste de la journée, jetant parfois un regard vers la fenêtre de sa meilleure amie. Il lui avait semblé l’apercevoir à un moment mais c’était très certainement son imagination.
Le reste des vacances lui avait paru interminable. Ses parents se disputaient, comme à chaque noël, et Ruika refusait toujours de lui adresser la parole. Elle l’avait croisé plusieurs fois mais elle s’était contentée de l’esquiver, même lorsqu’elle avait tenté de s’expliquer, de lui dire qu’elle n’attendait rien d’elle. Elle n’avait pas eu le temps de dire le moindre mot, Ruika était partie sans lui adresser un regard. C’était affreusement douloureux.
Pourtant, elle aimait toujours autant la voir, son doux visage désormais mature hantait ses pensées et elle se sentait mal à l’idée d’être aussi proche d’elle sans pouvoir lui parler, sans pouvoir être près d’elle comme avant. Elles avaient toujours passé leurs vacances ensemble auparavant et maintenant, elle se retrouvait exclu à cause de ses sentiments, elle ne voulait pas. Ruika n’avait pas le droit …
Et pourtant, elle était rentrée chez elle sans avoir pu lui adresser la parole et l’étreinte du père et de la mère de Ruika juste avant qu’elle monte dans la voiture pour Tokyo n’avait pas suffis à alléger son cœur. Pour eux, ça n’était qu’une la crise d’adolescence de leur fille. « Ruika te considère comme sa Grande-sœur, elle veut juste surpasser sa Grande-sœur, comme tous les jeunes de son âge. Ça lui passera rapidement tu verras. » Mais elle était sûr que ça ne lui passerait pas et elle ne trouvait même plus la force de lui envoyer des lettres comme avant.

Mariko n’était désormais plus très loin du village de son père, elle reconnaissait la ville par laquelle sa mère aimait faire un détour pour acheter quelques petites choses à manger pour le réveillon. Elle se gara dès qu’elle put trouver une place et secoua doucement Tôma qui ne s’était pas réveillé. Elle ne voulait pas le laisser seul dans la voiture sans l’avertir. Il écouta, à moitié réveillé, qu’elle n’en avait pas pour longtemps, qu’elle allait juste acheter un shortcake et qu’ils repartaient et que, de toute façon, ils étaient bientôt arrivés.
Oui, très bientôt, elle serait de retour dans la maison de son enfance …

Le reste de l’année scolaire était finalement passé sans que Mariko n’ait de nouvelle de sa meilleure amie. C’était très étrange pour elle de ne plus profiter des cours d’anglais, qui l’ennuyer profondément, pour écrire ses lettres à Ruika, lui racontant tout ce qui se passait autour d’elle. Elle avait bien pensé à lui envoyer une dernière missive pour lui avouer proprement ses sentiments et s’excuser pour tous les problèmes qu’elle lui causait, mais elle avait eu tellement peur qu’elle la déchire sans la lire qu’elle n’avait rien fait.
Puis était venu les vacances d’été, où elle avait préféré rester à Tokyo pour se concentrer sur ses études plutôt que de devoir affronter l’apathie de son amie d’enfance. Ne pas voir son père, seul à seul, sans sa mère pour se disputer avec lui et le monopoliser, lui faisait vraiment mal mais le choc qu’elle avait subi était encore trop frais dans sa mémoire et elle avait du mal à lâcher l’affaire. Elle était toujours amoureuse de Ruika, elle ne pouvait rien y faire.
Toutefois, elle n’avait rien pu faire contre le traditionnel départ pour la campagne avec sa mère, pour les fêtes de fin d’année. Elle s’était de nouveau retrouvée dans la maison de son père, avec la fenêtre de sa chambre qui donnait droit sur celle de Ruika, qui refusait de quitter ses pensées. Les rideaux de la chambre de son amie étaient perpétuellement fermés, comme si elle refusait même de pouvoir l’apercevoir. Auparavant, elles étaient tout le temps dangereusement penchées à la fenêtre pour se faire des signes, pour discuter, ou juste pour ce voir. Ce temps lui manquait.
Tout avait réellement changé le jour où elle était allée prendre un chocolat chaud dans un café et avait ainsi surpris une dispute entre un garçon et la jeune fille. Sa douce Ruika semblait importunée par quelqu’un qu’elle ne connaissait pas mais qui semblait lycéen, probablement un camarade de classe, qui semblait insister un peu trop sur un sujet quelconque. Le premier réflexe de Mariko avait été de s’approcher pour intervenir mais se souvenant de sa relation pour le moment problématique avec l’adolescente, elle s’était contentée de s’installer derrière eux, prête à intervenir s’il embêtait trop son amie.
C’était comme ça qu’elle avait entendu une phrase qui avait complètement bouleverser leur dispute.
« Je t’ai dit que je ne voulais pas sortir avec toi ! Je suis amoureuse de Mariko, toi je n’en ai rien à faire ! »
Surprise, elle s’était levée et, sans s’en rendre compte, elle avait viré ce lycéen bruyant et harceleur pour prendre sa place, devant les yeux abasourdit de la serveuse et de son amie.
« Tu pensais vraiment ce que tu as dit ? Pourquoi est-ce que tu m’évites alors ?! »
Ruika avait refusé de répondre. La tête basse, elle s’était levée, indiquant ainsi à son éternelle amie de la suivre, et avait réglé la note avant de quitter le restaurant pour rentrer chez elle, à la grande joie de ses parents qui semblaient ravis de revoir les deux jeunes filles unies comme avant. Si seulement …
« Je ne voulais pas te faire souffrir, » lâcha Ruika en s’asseyant sur le lit, après avoir pris soin de fermer la porte. « Je sais que ce n’est pas normal, que tu dois me détester, me trouver dégoutante … Je suis désolé de t’infliger ça … »
Mariko avait secoué la tête, prenant les mains de Ruika contre les siennes. C’était tellement bon de découvrir qu’elle ne l’avait jamais détesté. Qu’elles partageaient les mêmes sentiments. C’était tellement bon qu’elle ne parvenait pas à trouver les mots pour lui avouer la vérité et que les larmes lui venaient aux yeux, inquiétant encore plus celle qu’elle pouvait désormais sans doute considérer comme sa petite amie.
« Moi aussi Ruika … Moi aussi je … »
Elle n’avait pas pu continuer et avait simplement pris son amie dans ses bras. Ruika parue d’abord vraiment surprise, ne sachant absolument pas comment réagir face à une telle révélation, puis elle commença à lui caresser les cheveux doucement, comme pour la réconforter. Elle avait toujours été tellement plus mature qu’elle.

« On est arrivé Tôma, descend vite, Maman t’attends pour que tu ouvres tes cadeaux. »
Le petit frère de Mariko ne se fit pas prier et, désormais totalement réveillé, il sauta hors de la voiture pour courir dans les bras de sa mère. Pour elle, c’était toujours aussi étrange de voir sa mère enlacer un autre homme que son père, même si, dans le fond, elle n’avait que peu de souvenir de moment tendre entre ses parents, mais ce dernier semblait avoir bien pris la chose et se conduisait avec Tôma comme un oncle gâteau.
Étrangement, on aurait dit que le divorce, puis le remariage, de sa mère avait complètement enterré les vieilles rancœurs qu’ils ressassaient encore et encore lorsqu’ils n’étaient que séparés et elle ne les entendait presque plus se disputer. Parfois, son père lui disait qu’il allait aussi trouver une belle femme, mais il ne semblait pas réellement le penser, préférant s’occuper de son jardin que rechercher l’amour. « L’amour, le vrai, il nous tombe dessus, ça ne sert à rien de lui courir après, » expliquait-il à sa fille lorsqu’elle se montrait inquiète à son égard. « Et puis j’ai déjà une très belle famille, » terminait-il généralement en embrassant Mariko sur le front.

« Tu comptes trainer longtemps près de ta voiture Mariko ? » Chuchota à son oreille une voix qu’elle connaissait par cœur.
Ruika l’embrassa doucement avant de la serrer dans ses bras pour lui souhaiter la bienvenue. Elles n’avaient été séparées que deux jours, Ruika ayant pu prendre ses congés en premier alors que Mariko devait attendre la fin des cours du petit Tôma, sous sa garde jusqu’à la fin de son année scolaire à cause d’une mutation de sa mère, mais le temps leur avait semblé beaucoup plus long.
Quand elles avaient finalement parlé de leur amour à leurs parents, ils avaient d’abord été septiques, persuadés que ça ne durerait pas. Ils l’avaient néanmoins accepté, tous les quatre aimant chacune des filles comme la sienne et ne voulant pas leur faire de mal. Mais quand elles s’étaient finalement installées ensemble, ils avaient dû reconnaitre que leur liaison était beaucoup plus solide qu’ils l’avaient imaginé.
« Les filles, au lieu de vous faire des câlins sous la neige comme un couple de Shojo, que diriez-vous de venir fêter le réveillon ? »
Mariko tira puérilement la langue à son père, le rejoignant néanmoins avec le gâteau qu’elle avait acheté, tenant bien fort la main de Ruika qui pensa à lui chuchoter un « joyeux noël » avant de lui voler un nouveau baiser.

~END~

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