Noël électrique

Sans m’en rendre compte, à force d’écrire sur Noeru et Tatsuya chaque année pour Noël, je me suis attaché à ces deux personnages et je ne pourrais plus imaginer m’en passer pour ces histoires annuelles. Le problème, c’est que j’ai peur de ne plus avoir d’idée à un moment en restant fixé sur les mêmes personnages, dans un petit village de surcroit. J’ai l’impression de l’avoir déjà entièrement exploité alors que je suis sûr qu’on peut faire encore énormément avec. Ça me déprime, j’ai peur de le voir disparaitre. Si ça devait arriver, j’aimerais écrire une véritable histoire sur eux.

Noël électrique

Il était vraiment étonnant de voir la transformation radicale que prenaient les rues, même dans les petits villages Japonais, à l’approche de Noël. Les guirlandes lumineuses s’étalaient en vitrines des magasins, qui en profitaient bien souvent pour faire la publicité des soldes spéciales pour les fêtes, et aux fenêtres de certaines maisons. On installait et décorait un immense sapin dans le centre-ville et on pouvait entendre, dans presque toutes les rues, des chants de noël empruntés aux pays occidentaux.
L’animation était également plus importante, que ce soit dans les boutiques ou dans les rues. Les lycéens discutaient, très emballés, de ce qu’ils allaient faire le 24 Décembre au soir et les couples préparaient dans les moindres détails de leur propre soirée, comme si c’était déjà la Saint Valentin.

On aurait demandé à Tatsuya ce qu’il pensait de ce bouleversement hivernal quelques années plus tôt, il aurait répondu que toutes ces futilités étaient stupides et inutiles et qu’il ne voyait pas l’intérêt de se plier en quatre de cette façon pour une fête religieuse. Sans compter que ce débordement de joie et d’amour était déprimant pour ceux qui n’avaient pas les moyens de festoyer et pour les célibataires aguerris.
Aujourd’hui, il avait changé son point de vue et faisait même parti de ces couples qui se promenaient sous la neige, main dans la main, en faisant minutieusement des projets pour le réveillon. Il portait une attention particulière à tous les petits détails qui pourraient tout changer, ne voulant en aucun cas risquer de gâcher cette soirée magique, surtout qu’il s’agissait là d’une des seules occasions de l’année où il avait véritablement l’occasion de fréquenter son amoureux, généralement trop occupé par son travail, lorsque ce n’était pas lui qui étudiait pour être bien classé aux partiels.

« Tu as une idée de ce que tu voudras faire Noeru ? Tu as du temps au moins ? » Demanda-t-il finalement à son petit ami lors d’un de leur rare rendez-vous au seul café du village.
Le bien nommé Noeru, tout de rouge vêtu comme à son habitude, leva la tête de son chocolat chaud qui lui avait laissé une petite moustache marron sous le nez. Toujours aussi enfantin.
« Korrigan a accepté de me remplacer pour la distribution donc j’ai ma soirée de libre. On pourrait aller boire un chocolat et trainer dans la ville pour profiter des illuminations. Ou aller au parc ! »
Un peu trop enfantin parfois. Honnêtement, Tatsuya estimait être très compréhensif vis-à-vis de ce garçon qui ne connaissait rien à la vie telle que, lui, l’appréhendait et qui s’émerveillait devant le plus petit détail. C’était aussi cette candeur qui faisait qu’il aimait le jeune garçon, il avait même l’habitude de trouver son comportement parfois décalé très touchant.
Mais parfois, cette innocence l’épuisait un peu. C’était, après tout, en grande partie de sa faute s’il ne s’était plus rien passé depuis les baisers qu’ils avaient échangés devant l’hôpital, l’année précédente. Bien sûr, il avait plusieurs fois tenté de l’embrasser par surprise mais son jeune amoureux tournait systématiquement la tête au mauvais moment, ne laissant au lycéen que du vent à câliner. La première fois, il avait pris sur lui mais au bout de douze mois, il commençait à avoir sérieusement envie de crier au complot !

« On se donne rendez-vous à vingt heures, sur le banc habituel je suppose, non ? » Demanda Noeru, coupant les pensées frustrées de son compagnon en plein milieu. « Au pire, on pourra toujours aviser sur place tu ne crois pas ? »
Il était plus que probable que ces paroles, lancées alors qu’il fixait son chocolat chaud comme s’il était la chose la plus intéressante de la planète, n’était là que pour rattraper une quelconque erreur qu’il ne comprenait pas mais qu’il savait avoir faite. La tête de Tatsuya avait probablement trahit son désaccord avec les projets de son amant, qui essayait maintenant de se rattraper en invoquant la carte de l’improvisation le jour J et en pensait certainement bien faire.
Néanmoins, cela n’agaça qu’un peu plus son amant qui avait l’impression d’être le seul à être amoureux et à prendre cette soirée particulière au sérieux. Ça n’était pas seulement noël, c’était aussi son anniversaire. Et il avait envie de le passer avec la personne qu’il aimait le plus sur cette planète, si possible de façon un peu plus intime que d’habitude. Il savait que sa famille avait prévu d’aller chez des amis et il avait guetté durant tout leur entrevu le bon moment pour inviter l’adolescent chez lui. Mais sa réponse l’avait refroidi, lui donnant l’impression que Noeru n’en avait que faire de passer la soirée avec lui.
Toutes ces digressions intérieures étaient, sans doute, égoïstes mais il ne saisissait pas la façon de voir les choses de son petit ami, et ne savait par conséquent pas comment réagir face à cette candeur alors que lui ne pouvait empêcher quelques pensées obscènes de s’inviter dans son esprit, qui lui donnaient l’impression de ne pas être à la hauteur de son ami qui réussissait sans mal à s’en passer. Et ce fut la frustration qui s’accumula pendant que l’adolescent proposait des idées qui n’avaient rien à voir avec celle qu’aurait espéré entendre Tatsuya qui le fit finalement craquer.
« Laisse tomber Noeru, » lâcha-t-il froidement sans même s’en rendre compte. « Tes plans je les connais tous. On donnera du pain au canard puis on s’occupera des petits cancéreux avant de jouer les grands frères pour les orphelins de la région. Ce n’est pas parce que tu joues les gentils garçons que ta mère va revenir tu sais ! »
La pique était vraiment sortie toute seule, il n’avait à aucun moment réellement souhaité dire ça, même s’il lui était arrivé de le penser, et il n’eut pas besoin de voir quelques larmes perler aux creux des yeux de son ami pour regretter ce qu’il venait de faire. Noeru n’avait parlé qu’une seule et unique fois de sa mère, lorsque Tatsuya lui avait raconté son traumatisme de Noël. Il avait eu l’air particulièrement touché par le départ précipité de la jeune femme dont il avait toujours été proche et qui ne lui avait même pas dit au revoir. Il avait disparu d’un coup, juste après s’être disputé avec son fils sur les dangers que pouvaient comporter une visite chez les humains, aussi ce dernier ne pouvait pas s’empêcher de se sentir coupable et d’avoir retiré à son père la personne qu’il aimait si profondément. Tout comme Tatsuya s’estimait responsable du décès de sa mère morte en couche. Alors même s’il avait toujours eu l’impression que le comportement toujours conciliant et généreux de son amoureux était pour le seul moyen qu’il avait trouvé de se racheté, il s’était promis de ne jamais faire de remarque à ce sujet.
« Je … Par … »
Le lycéen n’eut guère le temps de s’excuser. Les yeux maintenant remplis de larmes qui ne se gênaient pas pour couler le long de ses joues rougies, Noeru se leva brusquement pour quitter le café en courant. Et Tatsuya savait qu’il était inutile d’essayer le rattraper, non seulement parce qu’il ne pouvait pas vraiment s’enfuir sans avoir payé la note de leur deux chocolats chauds, mais également parce qu’il savait d’expérience que le jeune garçon était beaucoup plus rapide qu’un humain normal, surtout lui qui n’avait jamais été excellent en sport.

Les jours jusqu’à Noël était ensuite passé très vite sans la moindre nouvelle du jeune adolescent. Habituellement, il passait parfois le chercher à la sortie du lycée pour lui faire plaisir et pour avoir le plaisir de discuter un peu avec lui avant ses cours du soir.
Mais pour la première fois depuis le début de leur relation, il ne s’était pas montré au point que mêmes les camarades de classe de Tatsuya commençait à s’inquiéter, lui demandant de plus en plus souvent pourquoi son « pote un peu bizarre » ne venait plus. Les théories les plus fumeuses avaient commencé à trainer à ce sujet, allant d’une bête dispute entre potes – le lycéen ayant préféré ne pas expliciter la nature de sa relation avec Noeru, ils n’étaient que deux amis aux yeux de tout le monde – à l’hypothèse que le mignon petit garçon ait mis une fille enceinte et ait dû s’enfuir avec elle pour éviter la colère de leurs parents. Cette idée avait néanmoins eu le mérite de faire rire – un peu jaune certes – Tatsuya quand on était venu lui demander des précisions. Dire qu’ils en étaient là parce qu’il avait était incapable d’expliquer au fils du Père Noël qu’il avait besoin de discuter de la possibilité de faire passer leur relation à un plan plus physique

C’était au bout d’une semaine sans nouvelle qu’il avait commencé à se dire qu’il devrait se préparer à fêter Noël seul, comme avant. Cette simple pensée le déprima profondément et il envisagea même sérieusement d’accepter la proposition d’un garçon qui allait au même cours du soir que lui de participer à une soirée karaoké. Il avait finalement abandonné cette idée en se disant qu’il ne méritait que de ruminer ses sombres pensées après avoir fait autant de mal à Noeru.
Même s’il ne s’était vraiment pas attendu à ce qu’il disparaisse de cette façon.

Lorsque le 24 Décembre était finalement arrivé, il avait vaguement écouté les consignes de son père avant qu’il parte chez des amis à lui, sans quitter des yeux l’écran de la télévision où des inepties ne cessaient de s’afficher. Son frère n’avait pas attendu qu’il fasse nuit pour sortir et avait passé l’après-midi chez sa petite amie alors que sa sœur, rentrée exceptionnellement dans leur petit village pour les fêtes de fin d’année, avait opté pour une journée shopping avec d’anciennes amies de lycée.
Une fois son père sorti, il contempla la maison vide en éprouvant un air de déjà-vu. Tout aurait été tellement mieux si Noeru avait été près de lui. Il aurait pu s’excuser pour ce qu’il avait dit, lui faire comprendre pourquoi il s’était comporté de façon aussi stupide, lui demander s’il lui pardonner avant de lui offrir le cadeau de Noël qu’il lui avait choisi. Et qui semblait maintenant encore plus seul que lui, emballé d’une façon très maladroite sur la table.

Il dû s’endormir, bercé par la musique qui passait à un volume conséquent chez ses voisins du dessus puisqu’il se réveilla en sursaut en entendant des petits bruits de pas alors qu’il serrait Noeru dans ses bras. Un rêve évidemment. L’horloge du salon indiquait vingt et une heure dix-huit mais ce qui attira le regard de Tatsuya fut la silhouette vêtu de vert qu’il avait déjà vu quelque que part et qui ne ressemblait guère à un voleur.
« Korrigan ? » Demanda-t-il sans savoir s’il prononçait correctement le nom du lutin qui sursauta en lâchant la boite qu’il tenait entre les mains.
« Tatsuya dono ? » S’étonna-t-il d’ailleurs en voyant la personne qui l’avait interpellé. « Que faites-vous ici ? »
« Je vous retourne la question, je pensais que la distribution ne commençait pas avant vingt-deux heures. C’est en tout cas ce que m’avait expliqué Noeru … Je crois. »
En fait, il n’était plus vraiment sûr, les explications du jeune garçon étant parfois un peu difficile à suivre dès qu’il s’agissait de son monde ou de son travail. Pour être franc, il avait laissé tomber depuis longtemps et faisait désormais systématiquement semblant de l’écouter.
« En effet, sauf dans les maisons que nous savons vides, comme devrait l’être la vôtre. Ne devriez-vous pas être à un rendez-vous avec Noeru sama ? »
La grimace du lutin ne vexa même pas le lycée qui avait depuis maintenant un moment que Korrigan ne voyait pas la relation qu’il entretenait avec le fils de son patron d’un très bon œil. Il avait d’ailleurs toujours été persuadé qu’il était secrètement amoureux de ce dernier et ne faisait qu’envier sa situation.
« Tu n’es pas au courant ? Ça fait presque deux semaines qu’on ne s’est pas vu, il m’en veut, c’est clair que c’est annulé ce soir, » répondit l’adolescent, lassé de devoir s’expliquer à une sorte d’elfe.
« Ah bon ? J’ai pourtant clairement vu Noeru sama attendre sur le banc en venant ici. Il n’avait pas l’air fâché et … »
Tatsuya n’en écouta pas plus. Saisissant son manteau et le paquet cadeau qui trainait sur la table, il quitta l’appartement en signalant quand même au lutin de « bien ferme la porte en partant ». Cette phrase n’avait aucun sens puisqu’il savait que les lutins passaient soit par la fenêtre, soit par les murs, mais il avait simplement eu envie de lâcher cette phrase qu’il avait entendu dans un film ridicule qu’il avait vaguement suivit à la télévision la veille, trop amorphe pour changer de chaine.
Noeru ne lui en voulait plus et l’attendait. Ou, tout du moins, l’avait attendu. Il avait presque une heure et demie de retard, pas sûr qu’il soit toujours sur le banc, mais le lycéen ne pouvait pas s’empêcher d’espérer.

La neige se mit à tomber doucement en cour de chemin, ne rendant pas son escapade plus simple. Il avait bien envisagé de courir jusqu’au parc mais il ne cessait de glisser et de manquer de se retrouver les fesses par terre. Cela eu néanmoins l’avantage de provoquer quelques embouteillages qui lui permirent de traverser les routes plus simplement, sous les yeux horrifiés des passants.
Pourtant, et malgré tous ses efforts, lorsqu’il arriva, le banc sur lequel il avait l’habitude de rejoindre Noeru était occupé par un couple se tenant par la main en roucoulant d’une façon qui lui apparaissait désagréable. Aucune trace de son amoureux qui avait probablement mis les voiles depuis un moment. Ce qui semblait parfaitement logique d’ailleurs, lui-même n’aurait sans doute pas attendu plus d’une heure si la situation avait été inversée après tout.
Il soupira en foudroyant du regard les amoureux qui semblaient tellement heureux. Il aurait dû être à leur place après tout, s’il ne s’était pas conduit comme un crétin et qu’il avait simplement accepté les attention innocente de Noeru au lieu d’en vouloir plus. Il n’avait plus qu’à faire demi-tour et rentrer chez lui pour regarder les émissions insipides qui passaient à la télévision.
« Tatsuya ? »
Pourtant, en se retournant, il tomba nez-à-nez avec un petit garçon en costume rouge. Il manqua de se jeter dans les bras de son ami, au risque de faire tressaillir les deux tourtereaux assis à leur place, mais dû se retenir en voyant qu’il tenait à pleine main une canette de chocolat chaud, probablement acheté à l’un des distributeurs à l’extérieur du parc.
« Pourquoi tu … » Commença à demander Tatsuya en oubliant de s’excuser pour son considérable retard.
La canette qu’il lui tendit fit office de réponse mais il n’arrivait pas à savoir lequel des deux étaient le plus surpris. Vu le visage de Noeru, il avait l’impression qu’il avait laissé tomber l’idée de passer Noël avec lui. Pourtant, il avait continué à attendre.
« Il y avait un couple qui voulait s’assoir, comme il n’y avait plus de banc j’ai laissé ma place, » expliqua-t-il également, commençant visiblement à assimiler la situation.
« Je suis désolé pour le retard, » s’excusa finalement son ami, la tête baissée. « Je ne pensais pas que tu viendrais après … la dernière fois. Ça fait déjà deux semaines que je ne t’ai pas vu, je pensais que tu m’en voulais encore. »
« Je t’avais pourtant dit que j’allais devoir travailler énormément jusqu’à aujourd’hui. C’était une condition de mon père pour pouvoir me libérer la soirée. Tu as oublié ? »
Cela lui disait en effet quelque chose, il en avait parlé quelque jour avant la fameuse dispute. Mais avec la culpabilité et le désir de s’excuser, cela lui était complètement sorti de l’esprit, trouvant la thèse de la rancune beaucoup plus plausible. Ce qui était stupide chez Noeru, qui semblait ne pas vouloir évoquer ce qui s’était passé ce soir-là dans le café. Tant mieux.
« Ça serait quand même plus simple si on pouvait rester en contact … » Fit quand même remarqué le jeune humain en tendant son paquet au fils du Père Noël, lui prenant au passage la canette des mains, avec un petit sourire pour lui signifier de l’ouvrir tout de suite.
Un téléphone rouge, certes bon marché, décoré de petits autocollants tous relatifs à Noël trônait dans la boite à côté d’un chargeur de batterie également personnalisé. En vérité, Tatsuya ne savait absolument pas si l’endroit où vivait son amoureux était couvert par le réseau mais, même dans ce cas, ils pourraient au moins communiquer plus simplement que par visites improvisés au lycée.
« … C’est … Je … »
Noeru ne trouvait plus ses mots, plus habitué à offrir les cadeaux qu’à les recevoir. Ses joues étaient rouges, probablement pas à cause du froid dehors, et il serra contre lui le lycéen qui renversa allègrement les restes de chocolat sur le sol. Tant pis, il avait des projets beaucoup plus intéressants que de boire une simple canette.
« Dis, j’ai la maison pour moi ce soir et je fais un excellent chocolat, » raconta-t-il en levant les yeux vers le ciel. « Tu voudrais venir ? Il y a quelque chose dont j’ai envie de te parler. »
Il n’allait probablement demandé de but en blanc au pauvre Noeru s’il qu’ils recommencent au moins à s’embrasser de temps en temps. Néanmoins, il tenait à lui parler de ses pensées les plus perverses, au moins pour éviter que la frustration ne le pousse une nouvelle fois à être méchant avec lui sans raison.
Et Noeru hocha la tête en souriant, prenant Tatsuya par la main sans la moindre pudeur, comme à son habitude. Il préférait franchement ces situations de routines trop prudes à son goût aux jours de panique qu’il avait passé à penser qu’il avait perdu le garçon qu’il aimait.

~END~

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