Let it snow

Cette année, je me sens vraiment fier du shôjo ai que j'ai écrit. Il était vraiment dans ma tête à chaque fois que j'écoutais Let it snow et j'avais besoin de l'écrire alors quand il a commencé à venir tout seul, ça m'a vraiment fait plaisir. Je tiens à remercier ma Ray chan qui, bien qu'elle ne soit pas ma béta et qu'elle ait beaucoup à faire, a accepté de m'aider à trouver comment formuler certaines idées afin que vous ayez un OS léger et agréable.

Let it snow

Oh the weather outside is frightful
But the fire is so delightful

La neige avait commencé à tomber au milieu de la matinée et ne s’était plus arrêtée depuis. En fait, c’était même le contraire et les quelques flocons s’étaient transformés en une sorte de tempête qui paralysait le trafic tokyoïte depuis plusieurs heures maintenant. Aux alentours de midi, la radio avait finalement passé une annonce conseillant à tous les habitants de rester à l’intérieur et de ne surtout pas utiliser leur voiture.
C’était également l’avis d’Ayame, qui avait déclaré en regardant par la fenêtre qu’il était hors de question que quoi-que-ce-soit sorte de son appartement par ce temps, alors qu’on ne voyait pas ce qui se trouvait à un mètre devant soi.
C’était comme cela que je m’étais retrouvée coincée chez mon béguin, à la tombée de la nuit, la veille de Noël.

Je sais que je suis lesbienne depuis le lycée. Et même si je suis consciente qu’aujourd’hui, je ne suis plus une petite fille impuissante, les brimades que j’ai subis à l’époque, après que mes camarades aient découvert mon homosexualité, continuent de me hanter et sont, j’en suis sûre, à l’origine de la décision que j’ai prise de la cacher en déménageant à Tōkyō. Bien sûr, je n’étais pas fière à l’idée de mentir sur qui j’étais mais j’avais le sentiment que c’était le seul moyen pour moi d’être en sécurité.

Rencontrer Ayame m’avait donc fait l’effet d’un choc. Elle était mon parfait opposé.  Belle et bien dans sa peau, elle clamait sa différence et avait dû sortir avec une demi-douzaine de filles différentes depuis que je la fréquentais.
Je l’avais connu durant ma première semaine à l’université, lors d’une journée d’intégration organisée pour les nouveaux élèves. Elle avait un an de plus que moi et s’était retrouvée responsable du groupe de cinq étudiants dont je faisais partie. Au moment de nous séparer, nous avions naturellement échangé nos numéros et elle avait décidé de me prendre sous son aile.
À partir de ce moment-là, j’avais doucement commencé à tomber amoureuse d’elle, tout en sachant que c’était sans espoir. Alors, bien sûr qu’il m’était arrivé de rêver de pouvoir passer le soir de Noël avec elle. Mais aucun de mes fantasmes n’avaient jamais ressemblé à ça …

« Je suis désolée, » lâchais-je finalement après dix minutes de silence que nous avions passé à regarder la neige. « Si je ne t’avais pas demandé de m’aider sur mon projet, tu ne serais pas coincée avec moi le soir de Noël. »
« Ne sois pas stupide Nayuki, » répondit-elle en me souriant. « Je suis celle qui a choisi cette date pour bosser et, en fait, je suis assez contente de passer la soirée avec toi. Je n’avais rien de prévu de toute façon. »
Je sentis mes joues s’empourprer légèrement alors qu’elle quittait la fenêtre pour se diriger vers son vieux poste de télévision.
« Maintenant qu’on en a fini avec ton devoir, que dirais-tu de regarder un film en attendant tranquillement la fin de la tempête ? J’ai du pop-corn. »
Je jetai distraitement un coup d’œil vers la maquette installée sur la table que nous avions, en effet, achevée une demi-heure plus tôt. Nous avions vraiment fait du bon travail et, après tous les efforts mis dans ce projet, j’avais vraiment envie de simplement me laisser aller. Ce fut donc fort de cette initiative que je lui souris avant d’avoir le temps de changer d’avis tout en sautant dans son minuscule canapé.
« Tu as un don dans la trouvaille de mots magiques pour me convaincre ! »
« Fantastique ! » S’exclama-t-elle en saisissant un boitier posé en évidence sur le poste. « Il se trouve que j’ai justement LA comédie sentimentale à regarder le soir de Noël. C’est un film britannique que m’a envoyé une amie Londonienne. Il est en VO mais j’ai cru comprendre que tu te assurais en anglais … »
Elle me fixa quelques secondes, probablement dans l’attente d’une confirmation, et à peine eu-je hoché la tête qu’elle me lança le boitier du film tout en se dirigeant vers la cuisine.
« Tu t’occupes de lancer le DVD, je me charge de la partie pop-corn, » expliqua-t-elle en disparaissant derrière la porte.
Je l’entendis distinctement ouvrir quelques placards et je ne pus m’empêcher d’espérer que la neige continue de tomber le plus longtemps possible alors que j’insérais le disque dans son lecteur haut de gamme.

La télécommande en main, je retournais m’écrouler dans le canapé lorsque les lumières s’éteignirent subitement. Derrière moi, l’écran de la télévision était devenu noir et je me surpris à paniquer. C’était la première fois que je venais chez Ayame, elle m’avait fait confiance, et moi, j’avais tué son téléviseur.
« Je jure que je n’ai rien fait de mal ! » Ne pus-je retenir en l’entendant pester dans la cuisine.
« Ce n’est pas toi, » soupira-t-elle alors que sa voix se faisait distante. « Toute la rue est dans le noir. La neige a dû provoquer une coupure de courant. »
Maintenant qu’elle le signalait, je remarquai que toutes les lumières clignotantes provenant des décorations du magasin, à quelques mètres de l’immeuble, avaient disparues. En fait, la seule source de lumière du salon était une guirlande multicolore accrochée au sapin d’Ayame, qui continuait de fonctionner sans que je comprenne comment.
J’allais d’ailleurs l’interroger à ce sujet lorsqu’elle surgit devant moi avec, dans la main, qui bougie qui éclairait délicatement son visage. Je n’étais certainement pas la personne la plus objective mais j’eu l’impression que la douceur de la flamme la rendait encore plus belle que d’habitude.
« Pour le film, ça semble compromis, » fit-elle remarquer en posant la bougie sur la table basse, à côté de ma maquette, avant de me rejoindre sur le canapé. « On pourrait en profiter pour jouer aux questions/réponses à la place. Il y a des tonnes de questions gênantes que je rêve de te poser. »
Je remerciai mentalement l’obscurité provoquée par la panne qui me permis de camoufler la jolie teinte écarlate qu’avait, sans aucun doute, pris mes joues.
« D’accord mais je commence dans ce cas, » répondis-je avec toute la détermination dont j’étais capable dans mon état de trouble.
« Vendu, je t’attends. »
« Comment se fait-il que ta guirlande marche encore ? »
« Sérieusement ? » Ricana-t-elle alors que je sentais son regard sur moi. « C’est ça ta première question ? »
« Je la trouve très bien moi, contente-toi juste d’y répondre, » m’insurgeais-je en lui tapant gentiment l’épaule.
« Elle fonctionne à pile. Mon grand frère me l’a conçu pour mon premier Noël à Tōkyō parce que j’avais peur d’être incapable de payer la facture d’électricité à temps. Il disait qu’avec ça, au moins, je ne perdrais pas totalement l’esprit de Noël. »
« Donc il y a un frère ? » Fis-je remarqué, curieuse d’en apprendre plus sur elle.
« Chaque chose en son temps, c’est mon tour de poser une question. »
Je fis une petite moue déçue qu’elle ne pus pas voir tout en notant mentalement toutes les questions qui me venaient à l’esprit pour savoir par quoi commencer chaque que ce serait mon tour.
« Tu es originaire de Tōkyō ou tu t’y es installée pour l’université ? » Lança-t-elle alors que je hiérarchisais encore mon interrogatoire.
« Je suis venue sur Tōkyō après avoir eu mon diplôme. Je suis originaire de Tokorozawa, dans la préfecture de Saitama. »
La lumière de la bougie me permis de la voir hocher la tête alors qu’elle me lançait un petit « ton tour ». J’avais l’impression d’être de retour au voyage scolaire qui avait été organisée lors de notre dernière année de collège, lorsque mes amies et moi nous étions murmurés nos secrets, bien caché sous notre couette, lors de la première nuit.
« Je disais : donc, il y a un frère ? »
« Et une sœur. Plus petite celle-là, elle va avoir dix-sept ans au mois de mars. Mon frère a vingt-cinq ans et est ingénieur, ceci dit il aime aussi énormément bricoler. Mon père est comptable et ma mère est femme au foyer. Je sais que tu ne m’as demandé que mon frère mais je t’épargne toutes les questions sur ma famille comme ça. »
« Charmante attention. Ton tour. »

Le petit jeu se continua naturellement pendant presque une heure durant laquelle j’appris qu’elle était née et avait grandi à Tama – « Tu sais, là où se passe Si tu tends l’oreille ! » – qu’elle avait passé un semestre à Londres l’année précédente et que son film préféré était Le tombeau des lucioles, même si elle pleurait systématiquement lorsqu’elle le regardait.
Contrairement à ce qu’elle avait annoncé, elle semblait avoir fait attention à ne poser aucune question pouvant me gêner et j’avais donc fait de même. Pourtant, il y en avait une qui ne cessait de revenir sur le bout de mes lèvres, tout en ayant le sentiment qu’elle ne pourrait que la mettre mal-à-l’aise et j’avais fait de mon mieux pour ne pas la poser, surtout que je savais qu’elle impliquerait de nombreuses autres questions. Mais j’avais envie, et probablement également besoin, qu’elle sorte …
C’est sans doute pour cela qu’avant que je puisse me retenir, je m’étais entendu lui demander :
« Depuis quand est-ce que tu sais que tu es lesbienne ? »
Même dans l’obscurité, je devinai au silence qui suivit qu’elle s’était tendue. Ce fut à ce moment que je compris que la fille que j’admirais tant depuis mon arrivé à l’université n’était sans doute pas aussi à l’aise avec sa sexualité qu’elle le faisait croire.

Pourtant, elle finit par reprendre la parole et la lueur de la bougie me permis de voir qu’un petit sourire triste s’était dessiné sur son visage et je m’en voulu instantanément d’avoir dépassé la limite que nous avions inconsciemment tracée.
« Depuis ma deuxième année de collège. Mais je ne l’ai pas admis avant le début du lycée, je me suis même forcée à sortir avec des garçons. »
Elle marqua un silence que je respectai, la tête baissée, fixant la flemme de la bougie.
« Pourquoi cette question ? » Reprit-elle finalement après quelques secondes.
« Je ne sais pas. J’avais l’impression qu’il fallait que je la pose. »
Certes, mon explication était nulle, mais je n’avais pas mieux et c’était la vérité. Et comme c’était à mon tour de poser une question, je gardai la tête basse, sachant que la suivante ne vaudrait pas mieux.
« Comment tes parents ont réagi ? »
Cette fois, la réponse vint beaucoup plus rapidement, comme si elle s’y était attendue.
« Mon père l’a mal pris au début. Il lui a fallu deux semaines pour l’accepter. Ma mère a pleuré lorsqu’elle a réalisé que je ne lui ferais pas les petits enfants dont elle rêvait. Mon frère et ma sœur ont été géniaux, c’est grâce à eux que ça s’est si bien passé pour moi. »
Une nouvelle fois, silence. J’attendais sa question avec un peu d’appréhension toutefois, lorsque j’entendis de nouveau sa voix, elle ne me semblait ni triste, ni méprisante. Elle avait juste l’air plein de compassion.
« Tu es lesbienne aussi Nayuki, non ? »
Je ne pus que hocher la tête, ma gorge était serrée. Je me sentais redevenir une lycéenne se faisait insulter dans les couloirs et n’osant pas l’avouer à ses parents. Je savais qu’Ayame serait la dernière personne à me juger. Néanmoins, je n’avais fait que fuir depuis que j’avais découvert mon homosexualité et y être de nouveau confronté était difficile.

Mais Ayame semblait capable de comprendre ça et, alors que les larmes me montaient aux yeux, elle prit mon visage entre ses mains et me sourit.
« Tu sais, c’est une question que j’ai toujours voulu te poser Nayuki. Je sais bien que le fait que tu aimes les femmes ne signifient pas que tu vas t’intéresser à la première lesbienne que tu vas croiser mais … » elle s’arrêta et me força à la regarder avant de continuer. « Je t’aime Nayuki. Vraiment. Au début, c’était juste de l’affection mais plus je passais de temps avec toi et plus cette affection se transformait. Je suis amoureuse de toi. Et j’espérais vraiment que ça puisse être réciproque. »
Les larmes s’étaient arrêtées d’un coup alors qu’elle prononçait ses mots. J’avais du mal à croire ce que j’avais entendu, à tout assimiler et, lorsque je réussis enfin recommencer à penser, je ne pus que me jeter dans ses bras.
« Si je me suis endormis et que c’est un rêve, s’il te plait, ne me réveille jamais, » lui fis-je promettre.

When we finally kiss goodnight
I will hate going out in the storm.
But if you really hold me tight
All the way home I’ll be warm.

 J’avais la tête posée sur les genoux d’Ayame et, comme dans un rêve, elle caressait doucement mes cheveux alors que ma main effleurait son visage comme si elle essayait d’en apprendre les moindres détails.
Ma, je crois que je pouvais le dire maintenant, nouvelle petite amie me regarda néanmoins fixement, arrêtant de me bercer sans préavis.
« Tu ne me l’as toujours pas dit, » fit-elle remarquer avec un petit sourire et une moue rieuse que j’étais capable de deviner même dans le noir.
« C’est vraiment nécessaire ? » Lui demandais-je avec le même sourire en coin.
Je me redressais pour m’assoir sur ses genoux et caresser mon nez contre le sien avant de rapprocher mes lèvres de son oreille.
« Je t’aime. Merry Christmas Darling. »

And my dear, we’re still good-bying,
As long as you love me so
Let it snow! Let it snow! Let it snow!

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site