L'amour est comme un coup de foudre

Remerciez ma douce imagination pour le titre cul cul comme c’est pas permis. Au passage, j’annonce directement que le One Shot entier est affreusement doux et mielleux, au moins que j’aimerais l’enterrer dans un trou après l’avoir brûlé. Pas de chance, il est sur le PC et je tiens à mon ordinateur.

Plus sérieusement, la Saint Valentin demande un peu de guimauve alors je me suis lâché. Cette histoire est librement inspirée d’un très vieux RP que j’avais écrit il y a maintenant cinq ans environ et qui n’a jamais eu l’occasion d’être terminée. Il s’agit d’ailleurs de la dernière fois où j’ai joué un personnage féminin en RP. J’ai bien sûr changé le nom des protagonistes mais je tenais à préciser cela.

L'amour est comme un coup de foudre

S’il y avait bien une chose difficile lorsque l’on débarquait dans un nouvel environnement, c’était de ne rien connaitre. Et lorsqu’on ajoutait à cela un sens pathétique de l’orientation, on avait tendance à maudire le moindre petit déplacement.

Miyuki avait atterrit dans un pensionnat tout neuf à la suite du divorce de ses parents quelques jours auparavant et malgré ses efforts acharnés, elle était toujours aussi incapable de se repérer. À la rigueur, elle était désormais capable de faire le parcours « hall d’entrée – chambre » avec une carte, mais c’était parce qu’elle avait erré pendant tellement longtemps dans les couloirs le jour de son arrivé qu’elle avait gravé le chemin dans son esprit.
Mais pour le moment, elle était malgré tout bien embêtée. Sa montre affichait déjà quatorze heures, son ventre tentait par tous les moyens de lui faire comprendre qu’elle devait manger mais elle était incapable de retrouver le réfectoire. Restée lire un peu trop longtemps sur son lit à l’heure du déjeuner, elle avait loupé la cohue habituelle, qu’elle suivait généralement pour trouver où aller, et donc sa chance d’aller déguster les plats toujours si bien préparés. Elle était complètement désespérée et se sentait sur le point d’éclater en larmes. C’était bien sa veine, une école labyrinthe. Elle voulait rentrer à la maison !

Quatorze heures dix, Miyuki atterri dans une salle remplie de tables, de chaises et de plateaux disposés à l’entrée. C’était clairement le self et elle regrettait de ne rien avoir pour marquer le chemin à effectuer la prochaine fois. Cette situation était tout bonnement ridicule et à perdre bêtement du temps, elle se retrouvait seule au milieu du réfectoire, son estomac rugissant toujours de faim.
Heureusement, elle pouvait entendre du bruit venant d’une pièce entrouverte. Même aussi éloigné qu’elle l’était, elle était capable de reconnaitre le tintement des casseroles qui s’entrechoquaient et elle se dirigea donc vers ce qu’elle imaginait être la cuisine, prête à se mettre à genoux et à participer à la préparation du goûter pour avoir le droit à un plat de râmen. Au point où elle en était de toute façon, il n’y avait plus de dignité qui comptait.

Mais ça n’était pas face un cuistot suréquipé qui bricolait des mets susceptibles de figurer à la carte d’un grand restaurant qu’elle se retrouva. C’était un adolescent, comme elle, avec une casserole en guise de casquette, posé à l’envers sur sa tête. Elle n’avait pas la moindre idée de comment elle s’était retrouvée là mais, malgré la faim qui la tiraillait, elle ne put s’empêcher de sourire devant l’étrangeté de la scène. En plus de ça, elle n’était visiblement pas la seule à avoir loupé le déjeuner et, quelque part, ça la rassurait.
Elle se ressaisit assez vite pour ne pas éclater de rire et, la main devant la bouche, elle attrapa l’un des tabliers accrochés dans un coin, bien décidé à préparer quelque chose, au moins pour elle mais également, pourquoi pas, pour son nouveau camarade.
« Je ne vous dérange pas j’espère ? Vous avez l’air débordé, je suppose qu’un peu d’aide ne serait pas de refus ? À deux, même dans une cuisine aussi grande, on ira forcément plus vite pour trouver tout ce dont on a besoin. »
Elle regarda ensuite l’adolescent retirer prudemment la casserole de sa tête, comme s’il prenait brusquement conscience qu’il n’y avait aucun danger. Il avait l’air amusant. Probablement gentil également, c’était en tout cas ce que la jeune fille avait envie de penser. Elle fixa son visage, qui apparaissait particulièrement beau maintenant qu’il n’était plus caché par le morceau de ferraille, et elle ne put s’empêcher de rougir en souriant bêtement lorsqu’elle l’entendit balbutier. Il lui semblait vraiment adorable.
Il inspira finalement un grand coup avant de prendre la parole, les troubles d’élocution dont il avait fait preuve un peu plus tôt s’étant miraculeusement envolé.
« Je pensais cuisiner un gâteau au chocolat avec un assortiment de bonbons en décoration. Ou quelque chose dans ce goût-là en tout cas. Qu’en pensez-vous mademoiselle ? »
Miyuki se senti charmée devant une telle politesse, qu’elle n’avait guère vu exercé depuis son arrivé au pensionnat. Sans être d’un milieu élevé, on lui avait toujours appris à être respectueuse envers les gens qu’elle ne connaissait pas et à toujours s’exprimer comme si elle se trouvait en face d’un professeur. Mais il était bien rare, depuis son enfance, qu’on lui réponde d’une manière aussi polie, les autres étudiants l’ayant plutôt habitué à des rires moqueurs ou à des grimaces de mépris.

Après que Miyuki eut hoché la tête à proposition de l’inconnu, ils se séparèrent pour commencer à fouiller dans les placards, dans le silence le plus complet. La jeune fille était consciente qu’elle aurait dû se concentrer sur sa tâche mais elle ne pouvait s’empêcher de jeter des coups d’œil à l’adolescent. Elle n’avait jamais vraiment éprouvé de sentiments pour un garçon, à tel point qu’elle avait commencé à se poser des questions sur sa sexualité en voyant qu’elle avait tendance à trouver ses amie plus agréable à regarder que ses camarades de classe, et elle ne comprenait pas vraiment pourquoi son cœur battait plus fort et pourquoi elle ne pouvait pas s’empêcher de rougir lorsque son regard croisait celui du garçon.
Pourquoi était-il là à une heure pareille d’ailleurs ? Était-il, comme lui, un nouvel élève qui s’était perdu, loupant ainsi l’heure du déjeuner ? Ou bien était-il simplement un grand amateur de pâtisserie qui avait eu une brusque envie de cuisiner ?

Ses pensées furent brusquement interrompues par un fracas. Inquiète, la lycéenne se retourna vivement pour venir au secours du cuisinier qui, elle l’imaginait, avait dû faire tomber quelque chose. Et elle se retrouva face à une scène particulièrement étrange dans la cuisine d’un pensionnat : un chat, qui avait dû être enfermé là par mégarde alors qu’il cherchait quelque chose à manger, avait bondit sur son camarade qui avait chuté de surprise.
Sa tête avait heurté le sol en faisant un bruit sourd et inquiétant et l’adolescente resta incapable de bouger pendant plusieurs secondes, qui lui parurent durer une minute entière. La scène qui venait de se dérouler devant ses yeux semblait trop irréelle pour qu’elle puisse l’enregistrer et réagir lui semblait alors impossible.
Par réflexe, malgré tout, elle attrapa le petit chat qui semblait vouloir fuir de la pièce. Il semblait terrifié et ce fut de sentir son corps tremblant contre le sien qui permit à la jeune fille de retrouver ses sens. Elle se rua sur le garçon inconscient et chercha à vérifier son pouls. La main contre le cou de l’adolescent, elle retint sa respiration jusqu’à obtenir la réponse qu’elle attendait. Son cœur battait, il était toujours en vie. Elle n’osa pas le toucher plus, inquiet d’un quelconque traumatisme crânien. C’était arrivé à un garçon de sa classe lorsqu’elle était en primaire. Il jouait dans la cour quand on l’avait poussé. Il avait dû être amené d’urgence à l’hôpital et l’élève qui l’avait bousculé avait été appelé dans le bureau du directeur. Le garçon s’en était sorti sans séquelle d’après le professeur mais il n’avait plus joué avec personne après ça.

En repensant à cela, Miyuki s’inquiéta pour le garçon, est-ce que lui aussi allait brutalement perdre sa bonne humeur ? En plus de ça, elle ne savait absolument pas comment agir. Elle n’avait pas de téléphone portable, son père avait toujours eu horreur de ces « engins bourrés d’ondes », et elle ne voulait pas quitter l’adolescent, au cas où il viendrait à se réveiller.
En attendant de trouver quoi faire, elle lui prit la main et elle ferma les yeux en priant très fort tous les kamis pour qu’il revienne à lui et bredouillant des phrases sans queue ni tête parmi lesquels revenaient en boucle « s’il vous plait ne mourez pas. »
Le chaton, lui ne semblait absolument pas troublé par la scène et maintenant qu’il n’était plus seul, il se frottait sans cesse contre la jeune fille en ronronnant, dans l’espoir qu’elle lui donne quelque chose pour atténuer sa faim qui l’avait conduit jusqu’ici. Au fond, ils étaient pareils. Sauf qu’elle, elle n’avait pas mis le lycéen dans le coma. Elle le caressa un peu, le grondant en même temps pour ce qu’il avait fait, puis elle retourna au garçon qui semblait toujours inconscient, toujours sans avoir d’idée de ce qu’il fallait faire pour l’aider.
« Vous m’entendez monsieur ? Dans les séries médicales, ils disent qu’il faut parler aux gens quand ils sont … » Elle n’arriva pas à dire le mot et décida d’embrayer sur autre chose. « Je m’appelle Miyuki. Takahashi Miyuki. Et … S’il vous plait, réveillez-vous … »
Elle était déjà au bord des larmes et elle ferma les yeux pour ne plus avoir à faire face à la situation. Quelques minutes plus tôt, une telle proximité avec l’inconnu lui aurait fait peur et elle aurait rougi avant de chercher à s’éloigner mais maintenant qu’il était dans cet état, elle s’en voulait presque d’avoir eu l’impression d’être attirée par lui. C’était très inconvenant, surtout qu’elle ne le connaissait pas.

« Je vais mieux Mademoiselle. »
Miyuki rouvrit les yeux et serra la main du garçon un peu plus fort avant de la lâcher brusquement, prenant conscience de son geste. Maintenant qu’il était réveillé, elle n’avait plus de raison d’être aussi proche de lui et de lui tenir la main et, quelque part, elle le regrettait presque.
Mais elle se hâta de chasser ces pensées grossières de son esprit, il n’était pas temps de jouer les jeunes filles en fleurs mais plutôt celui de s’enquérir plus en détail de la santé de son camarade. Après un choc à la tête, on ne pouvait jamais savoir si ça n’était pas plus grave que ça en avait l’air et il lui tardait d’être rassuré. Même si l’avis d’un simple étudiant était moins sûr que celui d’un médecin, mais ils n’avaient pas ça sous la main pour le moment.
« Je me prénomme Taku. Tsukuba Taku. Vous êtes bien gentille de jouer les infirmières pour moi mais être en présence d’une si charmante jeune fille suffit amplement à me guérir de cette vilaine chute. »
Lui saisissant la main, il vint déposer un délicat baiser sur la paume de l’adolescente qui se remettait déjà difficilement du beau discours qu’elle venait d’entendre. Peu habituée à côtoyer des garçons mais malgré tout mise en garde par son père, elle ne parvenait pas à savoir si le cuisinier était aussi aimable qu’il le montrait ou simplement beau-parleur. Les joues empourprées devant tant d’attention, Miyuki grava malgré tout le nom de Tsukuba Taku dans son esprit pour être sûr de ne pas l’oublier. Elle voulait en savoir plus sur ce garçon et elle désirait également se rapprocher de lui.
Elle prit le petit chat dans les bras et commença à le caresser pour éviter de trahir le trouble qu’elle ressentait en triturant machinalement ses mains. Inutile que l’étudiant la prenne pour une fille facile, il risquerait de s’enfuir et de refuser de lui adresser à nouveau la parole. Ou bien simplement de la rejeter poliment, ce qui serait tout aussi dur à supporter pour elle. Il fallait qu’elle parle, qu’elle lui montre que sa présence ne lui faisait absolument rien et qu’elle se sentait tout à fait normal auprès de lui. La casserole posée sur un coin de table lui permit de trouver rapidement l’inspiration.
« Le … Le gâteau. Ma mère disait toujours qu’il n’y avait rien de tel qu’un gâteau au chocolat pour se remettre de ses émotions ! »
Elle reposa le chat par terre et commença à farfouiller, recherchant un livre de recette, comme commencer, et la chambre froide, pour continuer. Avoir une recette, c’était bien, mais sans ingrédient, il risquait fort de ne pas aller bien loin.
« Vous savez où sont rangés les livres de recettes Tsukuba san ? Ou peut-être connaissez-vous déjà une bonne recette ? Ou peut-être n’avez-vous plus faim après tout ça. Je comprendrais que vous ne vouliez plus cuisiner ou foyer dans les placards après une aventure pareille. »
Elle allait trop vite, elle s’en rendait bien compte, mais elle n’arrivait pas à ralentir. Elle était persuadée qu’en arrêtant de parler, elle serait de nouveau conquise par le jeune garçon. Ce qu’elle éprouvait pour lui, c’était des sentiments qu’elle ne connaissait pas encore et qui lui faisait peur. Des sentiments qu’elle ne pouvait fuir qu’en parlant, de tous et de rien, en regardant ailleurs. C’était ridicule, elle en était consciente, mais elle ne voulait pas lui en parler. Elle avait peur de lui en parler.

Elle avait besoin de s’occuper pour mettre toutes ses pensées en ordre et la recherche d’un livre de recette tombait vraiment à pique. La cuisine était assez grande et ça n’était pas les placards qu’il manquait, ils en avaient probablement pour un moment avant de trouver leur bonheur, un temps pendant lequel elle n’était pas obligé de se retrouver face à face avec le jeune garçon. Il fallait qu’elle respire normalement …
Elle se hissa sur ses pointes des pieds pour réussir à accéder à une armoire en hauteur qui, à peine ouverte, ne se gêna pas pour déverser sur l’adolescente perturbée un ensemble d’emballage plastiques de toutes sortes, sans doute utilisé pour la conservation de certains aliments. La scène était ridicule à tous les points de vu. Elle était debout, au milieu d’une marre de boite, se tenant la tête en se retenant pour ne pas exploser en larmes. Jamais encore elle n’avait eu autant envie de disparaitre.

Mais, alors qu’elle était sérieusement en train d’envisager de disparaitre, une main se posa délicatement sur sa tête, comme pour apaiser une hypothétique douleur. C’était stupide car elle n’avait pas mal, même si elle pouvait en donnait l’air, mais ce simple geste calma instantanément toutes les pensées délirantes qui lui traversaient l’esprit depuis qu’elle avait rencontré ce parfait inconnu.
Qui, bien qu’elle ait l’air parfaitement ridicule, s’enquérait de son état avec un adorable « ça va ta tête ? ». Le vouvoiement avait sauté mais Miyuki n’était à cheval sur les conventions au point d’en faire un drame. En fait, elle ne s’en était même pas rendu compte, trop occupé à plonger ses yeux dans ceux de l’apprenti cuisinier.
« Je suis désolé, je suis vraiment maladroit … »
Elle se força, difficilement, à rompre le contact visuel, se baissant pour réparer ses bêtises. Il allait falloir ranger tout ça, de préférence mieux que cela avait été fait par les derniers à avoir fait le ménage.
Tsukuba s’accroupit à son tour pour l’aider et leurs mains se touchèrent un instant. Juste quelques secondes, avant que Miyuki ne la retire précipitamment, pour électrocuté. C’était exactement l’impression qu’elle avait eu, un violent coup de jus qui était allé de sa main jusqu’à son cœur, qui battait de nouveau à une vitesse affolante.
Ils se relevèrent tous les deux, quelques boites dans les mains, et la jeune fille, qui s’était inconsciemment éloignée, tendit les mains pour récupérer celles que tenaient l’adolescent afin de les trier un minimum avant de les remettre dans leur placard. La suite se passa très rapidement et, sans qu’elle n’ait le temps de le réaliser, Miyuki se retrouva à retenir le lycéen qui semblait avoir glissé sur l’un des emballages. Il se redressa rapidement, ne laissant plus tout son poids peser sur le corps frêle de la jeune fille, mais resta malgré tout contre elle, sa main allant doucement caresser la joue de la maladroite fillette.

Dès qu’il réalisa son geste, il retira sa main tout aussi brusquement que l’avait fait Miyuki quelques minutes plus tôt, s’excusant précipitamment, les joues rougies. Le voir aussi gêné … la lycéenne ne put s’empêcher de penser qu’il était absolument adorable et qu’elle n’avait pas envie que ce moment privilégier qu’elle partageait avec lui s’arrête.
Leur projet de gâteau qui n’avançait pas, la faim qui tiraillait son estomac, le chat qui se frottait à leurs jambes … Elle tenait à graver les moindres détails de cette rencontre et, sans comprendre les sentiments qui l’envahissaient, elle comprenait qu’ils étaient très importants et qu’elle devait les préserver. Et tout faire pour les aider à scintiller encore plus dans son cœur.
Elle se détourna de Tsukuba, et serra très fort les boites qu’elle avait toujours entre les mains. Loin de son regard, elle essaya de calmer les battements de son cœur et, tout en sentant ses joues rougirent, elle lâcha :
« Vous savez, le tablier vous va vraiment bien … »
Elle posa les boites sur l’un des nombreux plans de travail et saisi le petit chat qui ronronnait à ses pieds pour attirer son attention. Elle avait réussi à lui faire un compliment, maintenant elle devait changer de sujet pour qu’il ne s’imagine pas qu’elle tentait de le courtiser. Même si c’était, plus ou moins, le cas.
« Vous savez où il y a du lait et un bol ? Le petit chat a vraiment l’air de mourir de soif … Je me demande combien de temps il est resté coincé dans le placard avant de vous sauter dessus … »
Elle entendit quelques placards s’ouvrir puis la porte de la chambre froide se refermer. Tsukuba était déjà à côté d’elle, versant du lait dans l’un des bols blancs qui étaient utilisés pour présenter les desserts aux adolescents à l’heure du repas. Dans ses bras, le petit chat semblait bien avoir compris ce qui se passait et se débattait déjà pour descendre. Elle le lâcha sur le plan de travail et le regarda se désaltérer, attendrit. Il avait vraiment l’air d’avoir été mort de soif vu la gloutonnerie avec laquelle il lapait le liquide. C’était absolument adorable.
« Toi aussi, tu es très belle dans son tablier. Mais avec ou sans, tu restes magnifique … »
Miyuki sursauta à cette déclaration à laquelle elle ne s’était absolument pas attendue et rougit brusquement. Elle avait du mal à y croire mais, si elle avait été une fille facile, elle aurait presque pensé que ce qu’elle avait l’impression d’éprouver pour l’adolescent était réciproque.
Si seulement …
« Et tu peux me tutoyer tu sais … Et m’appeler Taku. »
Il avait dit ça sans même la regardé, fixant un placard qu’il commença à fouiller frénétiquement. La jeune lycéenne senti ses joues se colorer un peu plus, ce qu’elle n’aurait jamais cru possible, et elle retourna également en faisant mine de chercher une bibliothèque, prévenant, avec une petite voix, son partenaire qu’elle revenait tout de suite. Tout ce qui se passait depuis cette rencontre la bouleversait complètement et elle espérait que s’éloigner de l’adolescent lui permettrait de remettre de l’ordre dans ses pensées.
Sans compter qu’elle était réellement curieuse de savoir ce sur quoi la porte à côté de l’immense four pouvait bien donner.

« J’ai trouvé les ingrédients ! » S’exclama Tsukuba quelques minutes après qu’elle soit revenue, bredouille, de ce qui était apparu être les toilettes du personnel. « Il y a absolument tout pour faire un gâteau cette fois, jusqu’à de quoi les décorer ! »
En effet, de là où elle était, Miyuki avait l’impression qu’il venait de trouver la caverne de Ali Baba. Chocolat, farine, sucre glace … Il semblait y avoir tout le matériel du parfait petit pâtissier et elle se faisait déjà une joie de pratiquer avec des produits de si bonne qualité.
Elle se hâta d’aller aider son camarade à dévaliser le placard, posant les produits sur le plan de travail sur lequel le chat avait déjà élu domicile. Elle se baissa ensuite pour chercher les récipients qui pourraient être nécessaire à la préparation du gâteau pendant que Tsukuba préchauffait le four – au cas où avait-il dit – et apporter quelques casseroles.
Tout le matériel bien rangé autour d’eux, ils allaient enfin pouvoir commencer à préparer de quoi assouvir la faim qui les tiraillait depuis maintenant trop longtemps, et ils s’installèrent autour du plan de travail, prêt à travailler. Miyuki eu, durant quelques instants, l’impression de sentir qu’on tentait de caresser sa joue mais lorsqu’elle se retourna pour en avoir le cœur net, elle tomba simplement sur son ami qui caressait le petit chat. Il devenait urgent de passer à autre chose.
« Tu as trouvé un livre de recette Miyuki ? » Demanda le lycéen en la dévisageant. « Ou alors, j’en ai un dans mon sac si tu préfères. »
Elle hocha la tête, sans réellement répondre à la question. Il l’avait appelé par son nom. Il avait dit son nom sans sourcilier, avec une telle douceur … C’était la première fois qu’un autre homme que son père prononcer son nom. Et c’était lui. À ce rythme elle serait bientôt incapable de contrôler les basses pulsions qu’elle éprouvait et qui lui ordonnaient de le prendre dans ses bras.
« J’en ai trouvé mais j’ai été incapable de choisir, ils avaient tous l’air intéressant, » répondit-elle finalement en détournant la tête. « Tu as déjà cuisiné avec le tient ? Je … crois que ça me plairait de pouvoir l’inaugurer avec toi. »
Sur le coup, elle n’avait pas trop réfléchis à l’implication de la phrase qu’elle venait de lâcher avec innocence. L’idée lui avait caressé l’esprit alors elle l’avait lancé, sans arrière-pensées. Ce ne fut qu’en l’entendant qu’elle réalisa à quel point c’était déplacé et elle s’empressa d’essayer de se corriger, demandant à son camarade d’oublier ce qu’elle venait de dire et que ses mots avaient dépassés sa pensées.
Il lui sembla au début disposé à le faire. Il n’avait pas répondu à la question, s’étant contenté de se servir un verre de lait à son tour avant de partir près de la porte pour fouiller un sac à dos qu’elle n’avait pas remarqué jusqu’à présent. Son livre de recettes était assez gros, le genre qu’elle aurait rêvé d’avoir mais que son père refusait d’acheter car, selon lui, elle avait bien mieux à faire que d’apprendre la pâtisserie. Un père autoritaire comme il y en avait tant d’autres, préoccupé par le futur de sa fille unique. Par moment, Miyuki ne savait plus si elle lui en voulait ou non pour les règles strictes qu’il avait établie. Elle n’avait pas l’impression que les privations qu’il avait instauré l’avait rendu plus intelligente ou lui avait permis de mieux réussi. Mais elle n’avait pas non plus l’impression d’avoir été malheureuse jusqu’à présent.

« Je ne l’ai encore jamais testé. Et ça me ferait plaisir que ça soit toi qui choisisse la recette … »
La délicate voix de Tsukuba la sortie de ses pensées et elle se surprit à recommencer à rougir. Dire qu’elle avait cru que penser à son père et à ce qu’il aurait dit face à un tel comportement dépravé l’avait définitivement calmé …
Mais non, elle continuait de se conduire comme une adolescente impudique et trop sensible. Il fallait qu’elle se reprenne, même si le comportement de son ami pouvait la conduire à penser qu’il éprouver également quelque chose pour elle, ça n’était qu’une spéculation et elle se faisait sans doute des idées. Il paraissait, en effet, plus logique que ces attentions et cette douceur ne soient que de la galanterie. Elle n’était pas habituée à fréquenter les garçons, il n’y avait rien d’étonnent à ce qu’elle se monte bêtement la tête.
Elle ne voulait pas être aussi superficielle que les lycéennes que son père avait toujours méprisé parce qu’elles se laissaient, selon lui, trop vite séduire. Elle saisit le livre que lui tendait son camarade, qui profita de ses mains libres pour boire le verre qu’il s’était servi avant de lui en offrir un, et se plongea dans la lecture des différentes recettes, admirant avec gourmandise les photos qui en avaient été prises. Tout lui faisait envie et tout avait l’air excellent.
« Tu viens de Kyoto Miyuki ? » Demanda Tsukuba, probablement dans l’espoir de démarrer une conversation plus légère avec la jeune fille que les compliments gênants qu’ils échangeaient depuis leur rencontre. « Tu as des frères et des sœurs ? »
Déterminée à ne plus se faire avoir par le regard envoutant du jeune garçon, Miyuki continua de feuilleter le livre tour en répondant à la question. Oui elle était de Kyoto, dans la banlieue en vérité, et non elle n’avait ni frère, ni sœur. Elle ne releva la tête que pour retourner la question à son interlocuteur, ne voulant pas lui faire croire, à tort, qu’elle lui en voulait pour quelque chose en commençant brusquement à l’éviter.
Il lui sembla encore plus charmant que quelques minutes plus tôt. Le lait qu’il avait bu lui avait laissé une petite moustache blanche qui lui donnait un air insouciant qu’elle n’arrivait pas à s’empêcher de trouver adorable. Elle se retint de rire et sorti de sa poche un mouchoir en tissu qu’elle avait toujours sur elle, son père insistait sur ce point en disant que c’était comme ça que faisait les filles de bonne famille. Elle s’approcha de l’adolescent, bravant sa peur d’être hypnotisé par son regard, et leva la main pour le nettoyer avant de se reprendre, lui tendant finalement le linge en souriant.
« Tu as une trace de lait au-dessus de la lèvre, tu devrais nettoyer, » lui fit-elle remarquer en le regardant rougir. Il était absolument adorable comme ça et son envie de le serrer dans ses bras se trouvait renforcer par cette vision. Elle avait été stupide de lever les yeux de son livre.
Il accepta le mouchoir et nettoya la moustache rapidement avant de passer le morceau de tissu sous l’eau et Miyuki en profita pour recommencer à tourner les pages, sans la moindre idée de ce qu’elle voulait faire. En désespoir de cause, elle décida de fermer les yeux et de laisser le hasard décider. Elle ouvrit une page et tourna le livre vers son camarade.
« Qu’est-ce que tu en penses ? » Lui demanda-t-elle en regardant ce qu’elle avait choisi. Un moelleux au chocolat, l’un de ses gâteaux préférés. Avec une bonne crème anglais, c’était incontournable à l’heure du goûter.
« Ça me semble bien, » répondit-t-il en hochant la tête, posant en même temps le mouchoir en tissu de l’adolescente sur un coin du plan de travail. « Désolé, je l’ai lavé donc maintenant, il faut le faire sécher, je te remercie de me l’avoir prêté. »
Elle sourit, lui faisant signe que ça n’était rien avant de retourner prêt des ingrédients, triant avec une attention trop poussée les ingrédients dont ils auraient besoin et ceux qu’ils allaient pouvoir ranger. Elle était épuisée par toutes ses pensées, toutes ses idées qui lui venaient en tête. Si elle avait été un peu plus audacieuse, un peu plus aguicheuse, comme les filles de son ancien lycée, elle aurait tenté de profiter de la situation, réclamant un baiser en échange de son mouchoir.
Mais au lieu de ça, elle remplissait une casserole d’eau pour commencer le bain-marie alors que l’adolescent cassait méticuleusement les carrés de chocolat avant de les mettre dans un bol en métal.

Le chocolat, mêlé au beurre, fondait donc lentement et délicatement, surveillé parfois par la roussette qui mélangeait alors un peu la préparation pour être sûr qu’il ne reste pas des morceaux.
Les deux apprentis cuisiniers s’étaient rapidement mis d’accord sur la répartition des tâches. Tsukuba s’occupait de la pâte du moelleux pendant que Miyuki travaillerait la crème anglaise qui accompagnerait leur gâteau. Et chacun faisait donc sa part de travail avec une méticulosité presque exagéré, et sans un bruit, si bien qu’un silence pesant s’était rapidement installé entre les deux lycéens dans la petite cuisine.
Un silence qui perturbait tellement la jeune fille qu’elle tournait dans sa tête de multiples idées de discussions sans intérêt pour commencer une conversation avec son camarade sans pour autant risquer de voir sa tête lui tourner encore plus. Elle regarda son lait qui chauffait doucement et, tout en ouvrant une gousse de vanille, elle décida de se lancer sur ce qui lui passait par la tête.
« Je me souviens que quand j’étais petite, j’adorais cuisiner avec ma mère. C’était une excellente cuisinière et elle essayait de m’apprendre tous les petits trucs qu’elle connaissait pour faire un gâteau parfait, » expliqua-t-elle en mélangeant le lait et la vanille. « Et pourtant, je n’ai pas réussi à faire un gâteau correct avant mes huit ans. J’étais tellement fière de moi qu’il a failli tomber par terre lorsque je l’ai apporté à mon père pour qu’il le voie. » Elle ria de bon cœur à ce souvenir ridicule qui lui revenait en tête après avoir été enterré si longtemps. Elle ne se souvenait plus de la suite mais il lui semblait que son père l’avait réprimandé pour s’être autant emporté et il était probable que cette aventure s’était terminée par une dispute de ses parents. Son sourire s’évanoui aussi rapidement qu’il était apparu et elle chercha à changer de sujet.
Elle se tourna donc vers son camarade, réalisant qu’elle voulait en savoir plus sur lui, découvrir comment il avait vécu jusqu’à présent, à propos de la cuisine mais aussi tout le reste. S’il avait déjà des amis dans cette école, s’il avait une amoureuse … S’il accepterait de l’enlacer, juste quelques secondes, juste assez longtemps pour la laisser rêver.
« Et toi Tsu … Taku ? Quand est-ce que tu as commencé la cuisine ? »
Le garçon essuya ses mains pleines de farine, faisant paniquer l’adolescente qui s’imagina qu’il estimait sans doute qu’elle se mêlait de ce qui ne la regardait pas. Et, quelque part, il avait raison, même si elle n’avait en aucun cas pensé à mal en commençant à le questionner. Peut-être n’avait-il pas envie d’y penser, peut-être qu’elle s’était trompée et qu’il n’était pas particulièrement intéressé par la cuisine, même si ça rendrait étrange la présence du livre dans son sac.
Quoi qu’il en soit, elle s’apprêtait à s’excuser et à lui dire de tout oublier lorsqu’il se décida à répondre.
« J’ai commencé vers dix ans, avec ma mère. Je me souviens que la première chose qu’on a cuisiné ensemble, c’était des crêpes. J’avais voulu les faire sauter pour faire comme elle, mais elle m’est atterrie sur la tête au lieu de retomber dans la poêle. »
Miyuki ne put retenir un petit rire en entendant les déboires de cuisine de son camarade, qui lui rappelait un peu les siens lors de ses premiers essais. Crêpe à la poubelle ou sur le sol, elle avait fini par abandonner cette recette trop compliquée pour se concentrer sur de plus gros gâteaux que l’on n’avait pas besoin de retourner.
Même si ça n’était pas pour autant un franc succès à chaque fois.

L’ambiance était miraculeusement passée du silence morbide à une bonne humeur et à des rires communicatifs. Cela faisait longtemps que Miyuki ne s’était pas senti aussi bien avec quelqu’un, trop occupé à se faire haïr par l’ensemble de ses condisciples à cause de son éducation qui lui donnait parfois un air un peu snob.
Mais Tsukuba ne semblait pas s’en formalisait et il avait l’air de s’amuser de bon cœur avec elle en préparant en douce un gâteau au chocolat dans une cuisine normalement interdite aux élèves. C’était bien la première fois que la lycéenne violait une règle – certes tacite mais malgré tout existante – et le fait que ça soit en si charmante compagnie décuplait le plaisir qu’on lui avait toujours promis.

Elle sentit alors une douce pression sur le coin de ses lèvres, presque imperceptible tant ça avait été court.
Le visage de Tsukuba s’était rapproché du sien et elle avait les yeux plongés dans son regard hypnotisant, n’osant pas statuer sur ce qui était en train de se passer. Il passa sa main sur sa joue, comme s’il s’était agi d’une fleur fragile, et il se pencha une nouvelle fois pour l’embrasser pour de vrai.
Ça n’était plus un rapide baiser d’enfant que l’on se donnait discrètement lorsque les professeurs avaient le dos tourné en se faisant des promesses irréalisables et en organisant le plus beau mariage possible en jouant dans le jardin de la garderie.
C’était un véritable baiser comme on en voyait dans les films. Les mains de son – pouvait-elle utiliser le terme ? – ami autour de sa taille, ses lèvres sur les siennes, Miyuki n’avait pas l’impression que c’était à elle que tout cela arrivait. Les sensations étaient bien là mais elle avait l’impression que c’était encore son imagination débordante qui s’était emballée et elle avait même envisagé de se donner une gifle pour cesser une bonne fois pour toute d’avoir des pensées aussi déplacées.

Mais au lieu de ça, elle posa ses mains sur les bras de l’adolescent, tentant avec ses petits moyens de novice d’approfondir le baiser qui lui était offert et qui la faisait se sentir tellement bien.
Elle avait l’impression que le timide garçon qu’elle avait rencontré avait laissé la place à un homme capable d’assumer ses choix et à avec qui elle avait envie de rester le plus possible tout en voulant l’éviter, terrifié à l’idée d’entretenir, pour de vrai, une relation avec quelqu’un. Elle voulut s’échapper mais les bras qui l’enserraient lui donnaient une impression de sécurité et de tendresse dont elle désirait rester prisonnière le plus longtemps possible.
Elle était bien consciente qu’elle ne connaissait ce garçon que depuis une heure maximum, qu’elle ne savait rien de lui et qu’il pouvait parfaitement être un bonimenteur. Elle savait très bien qu’elle allait trop vite et qu’elle allait probablement se faire avoir et terminer en pleur. Elle savait également que ce premier baiser qu’elle échangeait en ce moment était loin de ceux qu’elle avait pu imaginer en lisant les quelques romans d’amour qu’elle avait dans sa bibliothèque. La cuisine était loin d’être l’endroit le plus romantique que l’on puisse trouver, surtout avec un chaton qui miaulait pour attirer l’attention sur lui et un crème anglaise qui commençait à attacher au fond de la casserole, dégageant une désagréable odeur de brûler.
Mais elle était heureuse.

Elle aurait aimé que ce baiser ne s’arrête jamais mais ils finirent par se séparer, les joues rougies et le souffle court. Miyuki leva les yeux vers celui qu’elle ne pouvait plus se résoudre à appeler « ami » ou « camarade de classe », sans pour autant pouvoir mettre un terme exact sur leur relation. Son regard demandait pourquoi. Pourquoi l’avait-il embrassé ? Pourquoi elle alors qu’elle était tellement quelconque ? Alors qu’il y avait tellement d’autres filles plus jolies, plus intelligentes et plus intéressantes ? Alors qu’elle n’était qu’une gamine un peu coincée et qui ne savait absolument pas comment se conduire face à un garçon pour lequel elle éprouvait des sentiments.
Et tout dans le regard de Tsukuba semblait lui répondre « parce que ». Parce que le cœur n’est pas toujours rationnel mais que quand il impose son avis, on ne peut lui dire non. Parce que c’était comme ça et que la perfection n’était pas toujours enviable.
La crème anglaise était fichue et le chat, pour se venger d’avoir été ignoré, avait donné un gros coup de patte dans le début de la préparation du gâteau. Mais elle n’en avait plus rien à faire de ce gâteau, même si son estomac continuait de crier famine, rompant l’intensité de ce moment de complicité et faisant rire l’adolescent qui déposa un petit bisou sur sa joue, comme si ce qui venait de se passer était naturel et que leur relation allait de soi.
« Pour le gâteau, c’est loupé on dirait. Mais on peut aller s’acheter un sandwich en ville ou même aller dans un salon de thé, » proposa-t-il alors que ses joues s’empourpraient. « Ça nous donnera l’occasion de discuter de … ce qui vient de se passer. Entre autre. »
Il ne semblait pas vouloir s’excuser pour le baiser et il ne disait pas non plus qu’il n’aurait jamais dû faire ça et que c’était une terrible erreur. Il semblait accepter ce qu’il avait fait et voulait en parler avec elle sans lui imposer quoi que ce soit. Miyuki hocha la tête, désireuse d’en savoir plus sur ce lycéen qui ne cessait de faire battre son cœur depuis qu’elle l’avait rencontré, impatiente de mettre les choses au clair, de savoir comment qualifier leur relation.
Il lui tendit une main qu’elle accepta sans rechigner et ils sortirent ensemble de la cuisine, suivit par le petit chaton qui les suivait de près comme un enfant arrivé trop tôt mais que l’on aime quand même énormément.

Miyuki était venue ici parce que sa famille volait en éclat mais, maintenant, elle sentait qu’elle pourrait créer un jour sa propre famille qui lui apporterait tout ce qui lui manquait depuis le divorce de ses parents.
Et en attendant, elle sentait qu’elle pouvait compter sur Tsukuba pour l’aider et elle était bien décidée à ne jamais lâcher cette main.

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